suc et sec
printemps, canicule, barbelé
mardi 9 avril 2019 et +

Jaunes les jonquilles, mauve les primevères, tendre le bleu du ciel couché dans l’herbe où grouille le printemps tout charnu de rosées, de sucs, de vers, d’amibes, de cirons, de mycorhizes gonflées du plus sensuel des liquides : l’eau.
Mais bientôt vient l’été.
Saoû brûle bleu sous le dard du soleil. Bleu de cobalt, dense, solide des tonnes d’eau qui par millions s’évanouissent dans l’azur. Torride premier été du toboggan sec.
Sur les pelouses irrigués du Complexe aquatique batifolent le touriste et sa smala recomposée bruyante. Malgré l’étiage estival, le tourisme irrigué arrose de sas mannes la vallée. Le reste de l’année, des retraités aisés soucieux de leur forme, de dynamiques actifs éco-éthiques mobiles de la cyber-bio, en quête responsable de bien-être et pour le corps et pour l’âme.
Les déprédations, les vendeurs à la sauvette, les grillages ? Du passé ! Oubliez ! Des caméras et des vigiles garantissent votre tranquillité. Soucieux de partager ce commun qu’est la vue, l’administration du Centre aquatique offre des zones de gratuité visuelles à n’importe qui veut se rafraîchir la vue en regardant l’eau.
en voyant l’eau.
Elles sont disposées de manière qu’autrui ne puisse se rincer le regard à vos détriments. Votre anonymat, votre intimité, sont garantis comme l’agrément de votre séjour et la pleine jouissance de la fraîcheur et des aménités balnéaires du Centre aquatique et sa chaude sociabilité. Oubliez tout, oubliez vos soucis, oubliez la pression, cocoonez-vous !
Conformément à son engagement écoresponsable, le Centre aquatique investit chaque année dans des technologies de pointe pour optimiser son empreinte écologique. Vous procurer les vacances éco-respecteuses les plus confortables , les plus fraîches et au moindre coût: c’est notre promesse.
Le Centre aquatique n’oublie pas sa responsabilité citoyenne, économique et sociale (RCES). L’eau est un commun comme la vue. Un commun, comme la vue l’eau l’est. Et l’eau c’est la vie, et sans vie pas de vue et tout part à vau l’eau. Les tensions sur la ressource et le soutien nécessaire à l’activité économique font malheureusement peser un lourd tribut à la gorge des hydro-démunis.
Aussi votre Centre aquatique a-t-l rejoint un groupe de mécènes de l’Economie Economique, Sociale, Sanitaire, Solidaire et Aquatique (GMEESSSA). Aujourd’hui nous félicitons l’Etat de l’initiative qu’il a prise de soutenir la suggestion du GMEESSSA de lancer un grand plan social et solidaire.
« En quoi diffère-t-il des 57 précédents autres ? »
« La différence est radicale ! », assène le mécène porte-parole du GMEESSSA. « Vous me demandez en quoi ? Son esprit et sa méthode scientifique et pragmatique sont uniques ! C’est la première fois qu’on s’appuie sur des méthodes de pilotage du changement fondées: – 1- sur les techniques d’ingénierie communautaire (community building); – 2 – sur la philosophie du Care; – 3 – sur l’approche de Concorde Sociale Hydro-Holistique et de Développement des Territoires-Marge » ®. Et ça, croyez moi, ça change tout ! »
Pour toute information sur le 58e « Grand Plan d’ingénierie communautaire de Concorde Sociale Hydro-Holistique et de Développement des Territoires-Marge inpiré du CareTM », plus simplement surnommé GPICCSHHDTMIC, rendez-vous sur notre site, entrez ou dites le code: 58eGP26/ICSH2DTICTM. Cette référence est à rappeler pour toute correspondance ultérieure.

Potemkine et le bol de riz cassé
De l’amputation collective d’avoir chuté du trône
Publié à Taïwan, c’était une sorte de Géo ou de National Geographic qui en reprenait même le code couleur. Le numéro en préparation portait sur l’architecture de Shanghai, métropole au riche patrimoine art-déco. L’éditeur était un ami et sachant que j’en venais m’avait sollicité. Grand fouineur, insatiable curieux, ethnologue de formation et d’inclination, n’hésitant jamais à grimper dans les immeubles, à pénétrer les courées, à parcourir les nong (弄 : ruelle), j’avais en effet pas mal de clichés. Mal en prit toutefois à l’ami éditeur de faire un tour à Shanghai et d’y rencontrer l’Association nationale des photographes de Chine : 中国摄影家协会 – zhongguo sheying jia xiehui. En Chine, on ne s’associe que sous l’aile du parti. Avec les arguments difficilement résistibles, qui sont ceux du PCC, « l’association » le persuada d’utiliser ses propre clichés, pas les miens.
Quelques temps plus tard je croisai à nouveau mon ami éditeur. L’air maussade, il m’avoua que son numéro sur l’architecture de Shanghai avait fait un flop. Tous comptes pesés, il aurait préféré mes photos. Je parcourais le numéro en question : les illustrations en étaient positivement chiantes, ternes, convenues, géométriques, vides de vies et de corps. Des photos techniques d’architecte plus que du photo-journalisme.
Arte a récemment diffusé un reportage sur l’Estonie, pays dont la population est aux deux tiers russophone [1]. Plusieurs voix témoignent de la bonne vie qu’on menait sous le couvercle soviétique. Constats tout empreints de nostalgie étonnamment semblables à ceux qu’on peut recueillir en Crimée ou en Allemagne de l’est, en Hongrie, voire en Chine, pour les anciens du moins, ayant connu l’ère maoïste et son bol de riz en fer, quand il suffisait de se laisser porter, études, travail, appartement, lieux de vie et de vacances, tous assignés par le parti. Aucune liberté mais comme on vivait bien en ces temps là ! Tout le monde avait un emploi, les loyers étaient peu chers, la vie également, la santé était gratuite et on avait des réfrigérateurs !
Mais voilà, tout cela n’était qu’économie Potemkine : du stuc joliment peint [2]. Les réfrigérateurs, les loyers pas chers, le boulot pour tous, tout cela n’était qu’artifices permis par l’économie de guerre, dont la menace toujours ravivée faisait office de ciment national. Ainsi en Estonie, les habitants de Sillamaë ne devaient-ils le chauffage gratuit qu’à l’usine secrète d’uranium. Pourtant, les bienfaits socialistes ne profitaient pas à tous, seulement aux privilégiés soutien du régime, classe d’ingénieurs, de techniciens, d’apparatchiks, aux beaux appartements et aux villas de loisir réservés à leur seul usage. C’est toujours vrai en Corée du nord [3] et de façon moins accentuée en Chine.
Car des babouchkas, des néo-moujiks, des déclassés, des refusés et des refuzniks du système, on n’entendait guère parler, pas plus qu’aujourd’hui de la misère des Coréens du nord. Jean Kehayan [4], longtemps correspondant de l’AFP à Moscou, dépeint dans son ouvrage « Rue du prolétaire rouge » une scène poignante dans un supermarché d’Orange où ses hôtes soviétiques fondent en larmes devant la profusion des étals, comprenant soudainement l’escroquerie d’un système auquel ils avaient jusque là cru corps et âmes. Et c’est bien parce que mes photos montraient l’arrière des façades Potemkine et leur misère qu’elles étaient inacceptables au commissaire politique – il y en a nécessairement un – de l’Association des photographes de Chine.







Voir note en fin de page
Potemkine ne pouvait pas tenir et ça s’est effondré. Pour le malheur du prolétaire et le profit des oligarques, de l’est comme de l’ouest. L’URSS vivait tout simplement dans un monde fictif où n’avaient cours les lois d’airain de l’économie. Le confort, l’aisance, la santé ont un prix ne serait-ce qu’environnemental quand sont confondus stock et trésorerie, inventory and cash-flow : un seul exemple parmi une myriade, la mer d’Aral asséchée, trésor de biodiversité dilapidé pour quelques acres de coton !
Ain’t no such thing as a free meal
Mais à l’abri derrière leurs remparts, d’où ils lancent les rezzou qui leur ramènent, eux et leur peuple, des trésors dans les caisses, les empires et leurs peuples croient pouvoir s’affranchir des lois de la nécessité.
“There ain’t no such thing as a free lunch”, est le titre d’un ouvrage de l’économiste ultra-libéral Milton Friedman. Il reprend un dicton anglo-saxon populaire: “Un repas gratuit, ça n’existe pas ». Le pain doit être payé à son juste prix, sinon plus de boulangers, plus de laboureurs, plus de blé. Quelqu’un quelque part paie le juste prix. Le plus souvent celui qui occupe une position politique mineure quand bien même son nombre serait majeur.
“There ain’t no such thing as a free lunch”: dicton frappé au coin du bon sens à condition d’immédiatement le nuancer massivement : « Pas de paix, pas de bonheur, pas de paix sociale si la société ne s’organise pour que chacun, sauf nécessité de maladie, vieillesse ou handicap, par son effort personnel et collectif, soit en mesure de se procurer dans le respect des autres et des nécessités universelles, les éléments indispensables à sa vie et celles de ses germons : nourriture, toit, vêtements, chaleur. Voilà les premiers droits humains ». La brioche ne remplace pas le pain. Il faut un jour payer le blé à sa juste valeur, dont le prix se paie sous l’horizon du court terme.
Imaginer qu’on puisse s’affranchir du consensus politique est aussi délirant et dangereux que de se croire libre des lois d’airain de la nécessité, économique, reproductive ou thermodynamique. C’est là bien pourtant l’illusion à quoi succombent les enfant gâtés grisonnants de Prométhée et des Trente glorieuses et leurs sauvageons rejetons. Les yeux aveuglés d’utopie, ils distribuent des bisous gluants de charité et de bons sentiments et s’imaginent toujours résider au sommet de la tour d’ivoire d’Occident dispensant sur le monde les lumières universelles de la raison.
Qu’il leur est doux de croire comme au bon vieux temps de la guerre froide, des Trente glorieuses, de la guerre du Vietnam et du flower power que les arbres montent jusqu’au ciel, comme on dit en bourse juste avant le crash. Qu’il est agréable d’imaginer que les gras avantages dont ils bénéficient dérogeraient à l’histoire, ne constitueraient nullement une conséquence des logiques de pillage des empires, de minerais, de bois précieux ou corps « d’exilés », tandis que leurs nobles âmes resteraient immaculées. Imbus toujours de leur supériorité, ils s’imaginent les tyrans fondre en larme à leurs protestations de caresses, les despotes comprenant soudainement combien ils sont méchants et nous gentils.
Aucun royaume, aucun empire ne résiste à terme à la colère populaire. Alors, il faut la guerre. La guerre qu’on déclare s’entend. Car la subir et se défendre, refuser la servilité, n’est pas la provoquer. Il faut une guerre, qui sacrifie tout à une menace supposée. Menace soigneusement entretenue par les régimes défaillants, car faute d’adhésion populaire, le bellicisme forme le ciment par défaut d’une nation. Ailleurs, faute de mieux et d’eschatologie, la croissance tient lieu d’étendard. Mais las, l’aisance économique a, elle aussi, un coût caché, celui colonial du pillage, celui de la guerre larvée sous les camouflages humanitaires ou missionnaires.
Nous Européens de l’Ouest, nous Français, ne sommes nous pas comme les Soviétiques d’Estonie, de Crimée, ou des satellites d’Allemagne, de Serbie… en train de regretter un paradis d’artifice tout habillé de généreux et hypocrites sentiments? Ne regrettons-nous pas le village Potemkine ? Ne regrettons-nous pas les belles couleurs et les fraîches peintures, le plein emploi, les généreux revenus, les confortables retraites consommées aujourd’hui aux débours du futur, de la jeunesse qui monte, ce prolétariat d’un type nouveau ? Et ces Trente glorieuses n’étaient-elles pas au fond – raffineries ici, assèchement des marécages partout (on dit zones humides aujourd’hui), remembrement, redressement des fleuves, raffineries, centrales nucléaires – le décalque inversé du socialisme soviétique ? N’était-ce pas de l’aisance à tempérament ? N’était-ce pas toujours du colonialisme pilleur d’humains qu’ont fit venir à grandes brassées nous enrichir, quand leurs bras et talents manquent aujourd’hui aux lieux où ils naquirent et d’où les extirpa la misère qu’on leur fit.
Car cette richesse que nous avions, n’était-elle pas le produit du pillage du barbare, du nègre resté encore enfant, de l’Indien natif incapable de faire rendre à ses terres le profit maximal [5] ? Et nos bons et généreux sentiments n’étaient-ils pas ceux que s’autorisent les riches au ventre plein et aux maisons chauffées, indignées par la grossièreté des sentiments obscurs de la populace et sans dents et raciste ? A Rome, au tournant de l’ère, certains nobles romains ne s’émurent-ils pas du mauvais traitement des esclaves, remontrant qu’ils nous serviraient mieux si on les traitait moins mal ? Ingrat, Spartacus et son armée de milliers soulevés montrèrent toute leur ingratitude.
Nous la France aux assemblées grisonnantes, à la pensée roidie comme nos articulations, n’en sommes nous pas à regretter notre union soviétique, celle du flower power et des hippies quand suivant Derrida et Foucault, nous voulions tout déconstruire, croyant que sur la coupe rase ou la page blanche de Mao renaîtrait une nouvelle forêt ? Qu’a donc poussé à la place ? Des Thiel, des Musk, des Trump, des Bezos ! Héros nouveaux des temps libertariens, ils prolifèrent sur la déconstruction, sur l’atomisation narcissique, sur la destruction sociale, qu’appelle de ses vœux Ayn Rand, dont rêvait Nietzsche et son surhomme gammé qui maniait le marteau comme aujourd’hui d’autres la tronçonneuse !
V.S. Naipaul, Indien d’Inde né à Trinidad et Tobago, écrivain, journaliste, grand voyageur à la pensée sensible nourrie d’une profuse expérience des peuples, montre au filigrane de son œuvre combien il est difficile à une nation de collectivement admettre son appauvrissement et plus encore soutenir l’amputation psychologique d’avoir chuté du trône.
Elle continue à jeter sur le monde le regard condescendant acquis comme un réflexe au temps de sa puissance. Erreur d’appréciation lourde de périlleux futurs quand s’ankylose la souplesse collective et se calcifient les alternatives que porte la jeunesse aux germinales exubérances.
Note: Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas retrouvé les clichés publiés dans le Géo taïwanais, bien que j’en ai une mémoire toute photographique. Les deux premières images que présente le diaporama ci-dessus ne sont donc pas de l’Association des photographes de Chine, dont toute la production n’est pas au demeurant mauvaise. Ce serait faire insulte à certains miens collègues photographes de prétendre le contraire, surtout s’agissant de clichés clandestins réalisés par ces mêmes collègues en marge de leurs travaux officiels et circulant sous le manteau. Toutefois l’illustration que je propose est fidèle dans l’esprit (et même encore trop « bariolée ») à ceux qu’avait fourni l’Association des photographes de Chine.
[1] https://programmetv.ouest-france.fr/documentaire/societe/arte-regards-m114064847/l-estonie-et-sa-minorite-russophone-c233757688/
[2] Potemkine, amant de Catherine II, fit dresser un décor de jolies façades le long de la route suivie par la tzarine pour masquer la misères des villages traversés lors de son inspection en Crimée où elle avait envoyés des fonds pour améliorer la vie de ses sujets. Fonds détournés comme il se doit en dictature. Gogol parle de cela dans « Le Révizor ».
[3] Comme il se voit dans un documentaire (en chinois sous titré en anglais) réalisé par un Coréen de Chine le long de la frontière entre les deux pays, seulement séparés par la rivière Yalu- 雅鲁河. Nombre de sino-coréens ont de la famille en Corée du nord. D’où l’intérêt des informations de première main qu’ils fournissent, d’autant que des contacts – pour des raisons de contrebande impliquant des garde-frontières nord-coréens – subsistent. Un témoin explique que lorsque la frontière n’était pas encore électrifiée, la police nord-coréenne venait même cambrioler des intérieurs chinois. Pour voler quoi ? De la nourriture ! Dans le dit documentaire, on peut comparer villes chinoises grouillantes d’activités et nord-coréennes désertes et mornes. On entend un sino-coréen expliquer que les belles villas qu’on voit à la frontière sont réservées aux cadres du régime – notamment ceux du nucléaire – qui viennent de Pyongyang s’y reposer avec leurs familles, capitale où ils ont la jouissance exclusive de centres commerciaux bien achalandés, de piscines, de centres de loisir, station de ski, etc.
Ces villas, proches à toucher de la rivière Yalu forment un contraste saisissant avec de misérables cahutes à proximité qui sont celles du « moujik » nord-coréen. La frontière a été électrifiée, car si jusque dans les années 80, Chine et Corée du nord étaient à parité en termes de pouvoir d’achat par tête, ce n’est plus le cas. Il est donc vital pour le régime que les Coréens du nord ne puissent visiter la Chine, se rendre compte de leurs yeux du fossé économique qui s’est creusé et des mensonges de leur gouvernement selon lequel l’Ouest n’est qu’un océan de misère et d’injustice, Ouest dont les agressions seraient la raison de la dure vie que mène la Corée contrainte de résister à l’ennemi. On note dans nombre de vidéos chinoises un mépris affiché envers les Coréens du nord, mépris qui se nourrit aussi envers les Russes, pour des raisons comparables. Quant aux apparatchiks et privilégiés du régime nord coréen, mieux informés de la situation internationale, il semble que parmi eux règne un intense alcoolisme tant est intense la pression de cette dissociation cognitive et le l’état de mensonge intérieur permanent qu’elle impose. On notera le parallèle avec la doxa officielle russe. Il ne faut pas douter que la situation nord-coréenne constituerait le destin de l’Europe si Vladimir Poutine et son allié Trump prenaient la main sur nos destins. Malgré mes recherches, la vidéo filmée le long de la rivière Yalu, dont j’avais enregistré la référence, semble à ranger parmi les « disparues » selon un message de You Tube.
[4] Jean Kéhayan fut président du Club de la presse de Marseille où je le rencontrai.
[5] Ainsi à l’Usine nouvelle de Crest (Drôme – mars 2025), des paysans indiens du Brésil, conviés par la Confédération paysanne expliquèrent-ils avoir reconquis leurs terres par la force. Dans le procès qui s’ensuivit leurs adversaires les accusèrent d’avoir laissé en friche des terres auparavant productives. Mais eux dirent que c’était volontaire, et non paresse, et qu’avait refleuri une flore et une faune auparavant appauvries par les cultures et engrais productifs.
Pervers polymorphe
Quelque part entre jungle et désert, le Sahel où pérégrinent les Peulhs. Devant moi assise sur une natte posée à même le sable une très jeune femme, et sur ses jambes croisées un bébé qu’elle allaite. A la manière dont on marque le rythme sur des cordes de guitare, de la main gauche elle caresse le sexe de son enfançon: il est en érection. Tout en tétant un sein il caresse doucement l’aréole de l’autre. Comme dans une forme de rêve, les pupilles dilatées de la jeune femme fixent un indéfini lointain. Il y a dans cette scène, sans gêne ni ambiguïté, comme une étrange et salubre sensualité. Ainsi doit-on former d’excellents et respectueux amants au sein de cette nation peulhe où les mâles se disputent les cœurs des jeunes femmes lors de concours de beauté.

J’ai suivi à l’université des cours de psychanalyse. Nul n’est parfait ! L’enseignante ne cessait de revenir sur le terme phallus. Aussi l’interrogeais-je sur la signification du mot : « Il ne faut pas le prendre au pied de la lettre. C’est un concept pivot, central, pas un objet ».
Ah !? A cette réponse je songe toujours et m’interroge plus encore sur la perversité polymorphe que Freud prête à l’enfance peut-être pour masquer la sienne propre [1].
[1] Le « Livre noir de la psychanalyse », sous la direction de Catherine Meyer est un ouvrage collectif rassemblant quarante contributions empruntant à plusieurs champs disciplinaires et questionnant tant la scientificité de la psychanalyse et l’honnêteté morale voire délictuelle de son fondateur.
Chine, langage et quantique

En Chinois, il est souvent difficile de donner le sens d’un caractère ou d’un groupe de caractère isolés. Ils ne trouvent une signification précise qu’en fonction de ce qui les entoure, de leur contexte. La bulle paradigmatique, l’aura sémantique de chacun des caractères est de sorte beaucoup plus ample que celle du mot alphabétique. Caractère et phrase résonnent ainsi l’un sur l’autre et ne font sens que dans cette interaction qui réduit la sphère des possibles à un sens actionnable. On comprend dès lors que la logique articulée de la langue de caractère fondée sur une logique unitaire floue diffère de celle des langues alphabétiques. Qu’aurait été la rhétorique d’Aristote fût il né en Chine ou au Japon ? A ce constat, il faudrait en ajouter d’autres, comme la bidimensionnalité du caractère – qui le rapproche de l’expression mathématique – par contraste avec la linéarité alphabétique. Le plus extraordinaire est probablement qu’on puisse rapprocher cette remarque de Schrödinger sur « l’entremêlement »[1] (on dirait aujourd’hui intrication) quantique, les conséquences sur la mesure du temps et le flou inhérent à cette mesure.
De telles considérations peuvent paraître excessivement abstraites. C’est un grave tort de le penser. Parce que d’une part l’utilisation technique qu’on fait de la quantique gouverne le monde (l’IA, les téléphones portables, toute l’électronique reposent sur elle), mais parce qu’également la fable du big bang, et toute la métaphysique implicite de la relativité collent par trop précisément à la linéarité qu’impose la logique linéaire alphabétique, qui renvoie également au mythe chrétien de l’origine et de la fin des temps et donc imposent un certain sens à nos existencs. Or la relativité est un récit plaqué sur la phénoménalité au même titre que n’importe quelle théorie scientifique. L’anthropologie comparative a de longtemps noté que la théorie spéculative des champs eût probablement connu en Chine un développement plus ample et rapide n’êut le sous-continent été dépecé par les Puissances. La physique reflète aussi les rapports géopolitiques.
Or au cœur de la théorie des champs gît la question irrésolue de la nature discrète ou continue du monde. Et c’est bien en s’appuyant sur Démocrite et Leucippe que Schrödinger entame sa réflexion sur cette question, soulignant ainsi les relations complexes entre nanomonde et réalité sensible. Question du comment s’interpénètrent phénoménalité et psyché qui peut s’apercevoir également sous les lumières croisées et leurs interférences de Wittgenstein [2], Lacan [3] , du corpus bouddhiste, de Schrödinger, ce dernier ne renâclant pas à faire référence implicite à la notion d’âme.
[1] Erwin Schrödinger, « Physique quantique et représentation du monde », 1935
[2] “Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde »
[3] « L’inconscient est structuré comme un langage »
Yuko Suzuhana avec Wagakki Band – Le conte de six mille milliards d’années et d’une nuit
鈴華ゆう子和楽器バンド / 六兆年と一夜物語
Incroyable, impensable: ainsi il se peut composer et jouer une musique totalement moderne et pourtant profondément traditionnelle. Découverte choquante pour les tympans alignés du PAF !
Drôme: baignade, nature et démocratie

Un trou d’eau dans un paysage à couper le souffle où touristes et locaux ont pris l’habitude depuis la nuit des temps (la grotte de Tautavel à proximité fréquentée depuis le paléolithique en témoigne) de venir faire trempette pour échapper aux canicules des Pyrénées orientales. Une histoire que raconte le film « Ici rugissaient les lions » de Laurine Estrade et Jean-Baptiste Bonnet, présentée ce 23 mars 2025 au Campus d’Eurre (26) dans le cadre de l’excellent festival « Les yeux dans l’eau ».
Mais voilà ce trou d’eau est le puisage unique du territoire. Avec la montée des températures et la « démocratisation » de la bagnole, sa fréquentation a explosé, ce qui n’est pas sans conséquences sur la potabilité des eaux ni les milieux naturels. Alors la préfecture décide d’interdire la baignade. Presque un réflexe depuis quelques décennies, où pour des raisons de responsabilité des édiles on a préféré la sécurité juridique à la liberté de se rafraîchir. Nécessité de rafraichissement de plus impérative, voire vitale, à mesure que la température monte. Du moins pour ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir une piscine.
Les baigneurs ne l’entendaient pas de cette oreille et résistent de toute l’inertie que permettent le costume de bain et les flip-flop : le grillage devient étendoir à serviette, franchir les fils de fer offre l’occasion d’un peu d’assouplissement et aux gamin.e.s de cours préparatoire le panneau « Interdiction de baignade » de s’exercer à la lecture. Tant et si bien qu’en peu de temps le grillage pend lamentablement. Face à cette silencieuse vox populi, les autorités renoncent pitoyablement.
Une histoire de baignade qui ne pouvait manquer de résonner dans le Diois suite à la réhabilitation de la gravière des Freydières, entre Drôme et Grâne, qui souleva une vive contestation lors d’une présentation du projet à la salle communale d’Allex, où l’auteur de ces lignes était présent. Pourtant, un peu à la manière des zones à faible émission (ZFE), le projet était, sous un certain angle, exemplaire. Exemplarité dont témoignèrent Lucile Beguin, conservatrice de la réserve naturelle des Ramières, ou encore un écologue travaillant à la réhabilitation du Roubion. Où alors était le problème ? Que demandaient les contestataires ?
La démocratie directe ! Pas si simple. Lors de la réunion houleuse à Allex, Gérard Crozier, maire de la cité et président du Syndicat mixte de la rivière Drôme (SMRD) s’offusqua: « Toutes les formes démocratiques ont été respectées ». Frédéric Tron, élu communautaire et membre de la Commission locale de l’eau (CLE) soulignait : « Il arrive qu’une poignée seulement de personnes se présente aux réunions, malgré une débauche d’efforts de communication ».
Pas simple la démocratie. A torts partagés, de bas en haut mais surtout de haut en bas, trop souvent la conséquence de mauvaises habitudes d’énarques incrustrées comme des réflexes pavloviens. « Les locaux estiment avoir un droit d’usage et de regard sur le territoire où ils vivent », expliqua en substance Cédric Proust, animateur du schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) du SMRD. Pourtant « on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles la commune en question ne dispose que d’un unique captage d’eau potable. C’est une vulnérabilité. Pourquoi la préfecture s’en remet-elle sans plus d’esprit critique au seul jugement des experts scientifiques, à L’Agence régionale de santé, sans prendre en considération les besoins des habitants ? ». « Les aspect psycho-sociaux et culturels de l’usage de l’eau ne sont pas pris en compte. Lorsqu’on aborde la question de l’eau potable avec les maires, on sent bien l’épaisseur symbolique de la question », complète Jean-Baptiste Narcy, du cabinet Asca spécialiste des aspects psycho-sociaux de l’usage des eaux. Manon des sources ne le démentirait pas. A Allex, certaines critiques allaient bien dans ce sens : « On se baigne dans le lac des Freydières depuis qu’on est gamin ».
Pas simple la démocratie, ce détestable moyen – à l’exception de tous les autres – de résoudre les conflits surtout quand bien des millefeuilles convergent pour la rendre complexe et inefficace. « Les gens ne voient pas de quel droit on les priverait de contact avec leur territoire. Ils veulent se baigner en rivière. Mais qui dit baignade dit stationnement. Stationnement souvent sur le domaine du département. Ou bien il faut emprunter des voies vicinales, responsabilité du maire. Les déchets sont du ressort de l’intercommunalité. Et s’il faut traverser des terrains privés, c’est une source de conflit avec les propriétaires. Très, très compliqué », soupirait Frédéric Tron. Presque un constat d’impuissance. Qu’est la démocratie quand elle est vaine, questionnait Deng Xiaoping (jadis numéro un chinois) ? : « Les démocraties sont impuissantes, les tyrannies efficaces ».
Une complexité à porter à la puissance impuissante de 34955, le nombre faramineux, inconnu partout ailleurs en Europe, des communes hexagonales. Une mosaïque kaléidoscopique qui fait songer à la situation pré-révolutionnaire quand dans la France d’Ancien régime coexistaient, de cité en cité, régimes fiscaux, matrimoniaux et patrimoniaux (héritage), poids et mesures, dans une intrication proprement paralysante, barrant le futur et rendant épuisant le moindre effort pour changer quoi que ce soit. Or pourtant Talleyrand affirmait : « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre ». Douceur de vivre, mais pour certains seulement. Et pour les autres ni pain et encore moins de brioche ! D’où la conflagration révolutionnaire. Commotion de violence, qui est bien le pire des moyens, sans exception aucune, pour ne rien changer au fond mais au contraire renouveler le pire.
Méfions-nous de voguer en de si proches et dangereux parages entre Charybde et Scylla. Car si les trublions d’Allex ont manifesté une certaine tendance à confondre démocratie directe et coup d’Etat direct – genre assaut contre le Capitole – rester dans le statu quo, ne proposer que des solutions à la marge sans s’attaquer à la racine des maux, c’est à coup sûr condamner à une mortelle dessiccation une démocratie assoiffée[1].
[1] Sur la question de la démocratie, de ses lacunes et de pistes pour l’améliorer, lire « Tirage au sort et imparfaites démocraties » du présent auteur, aux Editions Yves Michel/Le Souffle d’Or.
guerre froide et réchauffement climatique ?
L’une compensera-t-elle l’autre ?
Crest (Drôme) en chinois
La Chine n’utilisant pas l’alphabet, elle a mis au point une transcription officielle afin de siniser les noms propres en écriture « latine ».
Crest s’écrit ainsi : 克雷斯特, qui se dit (approximativement) : Kè léi sī tè.
L’idéal est qu’un nom propre ressemble phonétiquement à l’original mais ait EN PLUS une « jolie » signification. Par exemple Coca Cola, se dit 可口可乐 : kěkǒukělè : « Le gouleyant qui rend joyeux ».
Que voudrait dire Crest en Chinois ?

Crest : 克雷斯特
克 – kè – contenir, restreindre, surmonter et aussi gramme (1 kg/1000)
雷 – léi – tonnerre
斯 – sī – ceci, cela, ainsi
特 – tè – spécial, unique, distingué
En se tortillant les méninges, on pourrait dire de Crest, sans chauvinisme aucun, qu’elle est : « (la cité) incomparable qui maîtrise le tonnerre ». Il est vrai que la région enregistre des niveaux kérauniques (le nombre de jours où s’entend le tonnerre) exceptionnels, mais le lien avec Taranis, dieu gaulois du tonnerre et donc des Voconces est purement poétique.
La Drôme, quant à elle, a d’emblée un très grand nom : 徳龙省 : Dé lóng shěng
德 – dé – la voie de la vertu, de la morale, de l’éthique, de la bonté. C’est l’une des vertus cardinales du confucianisme.
龙 – lóng – le dragon, animal totémique de la Chine
省 – shěng – la région
La Drôme en chinois ? « La région sur la voie de l’éthique du dragon ». Immense signification !

A noter que 龙 – lóng – le dragon – s’écrit aussi : 龍 . En effet, une bonne partie des caractères chinois possède deux écritures, l’une simplifiée, l’autre classique. On peut voir cette forme classique – 龍 – gravée sur le monument à la mémoire de Maurice Long, au cimetière de la remarquable chapelle Saint Pierre de Chabrillan, dont les murs semble-t-il retiennent d’antiques graffitis grecs et peut-être aussi arabe (voir photo : déchiffrage bienvenu). Maurice Long – 1826-1923 – fut gouverneur général de l’Indochine, député de la Drôme. Il a laissé son nom à l’une des rues de Crest.

La musique est politique

Grande est la misère musicale de nos oreilles saturées d’accords anglo-saxons exclusivement qui font de l’argent en projetant dans nos encéphales l’esthétique de leur monde.
Chaque peuple a la sienne ! Qu’entendons nous d’autre, nous autres Européens, que cette uniformité lassante, pas même les airs d’Europe ? Déjà privé des musiques voisines, qu’entendons-nous du reste du monde, nos oreilles orphelines des airs du nord, de l’est, du sud ? La présente page entend modestement remédier à cette engourdissement musical qui bloque le futur.
Cette première vidéo « Musique du monde » est dédiée à Mahsa Amini. Mahsa Amini est cette jeune iranienne assassinée en septembre 2022 par la police des mœurs parce qu’elle ne portait pas le voile.
Pour honorer sa mémoire, voici l’Ensemble Ilahi qui joue ici « L’épique kalam Haq Ali Ali » de feu Ustad Nusrat Fateh Ali Khan, interprète mondialement connu, de tradition soufi qawwali accueillante aux voix des femmes. L’Ensemble Ilahi est remarquable puisque d’abord féminin et pakistanais, pays où Islam tolérant et Islam rigoriste, Occident et Boudhisme sont front à front. La portée métaphysique de ce chant soufi, parce qu’il féminin, est vertigineuse.
Les Iles moroses
Il y a des îles où on s’ennuie
des îles mornes
aux jours interminables
des îles où l’horizon se perd
dans le brouillard
et derrière le brouillard
toujours la brûme
des îles qui distillent
des tourbes humides
froides et acides
comme un renvoi
le lendemain d’un jour de cuite
des îles fades
comme la soupe
d’un poireau jeté dans la Baltique
des îles aux rives moroses
cirrhose
à la lumière de cave
comme un jour
pas vraiment levé
rampant entre aube et crépuscule
des îles grises,
dans l’attente imprécise
d’une menace indécise
venue de derrière
les frimas, la buée
une serre sur le cœur
lassée de mélancolie
des îles où l’on s’ennuie
par mode de vie
ce sont les…
Radima Khadzhimuradova
chanteuse tchétchène

Radima Khadzhimuradova – Радима Хаджимурадова – est une célèbre chanteuse tchéthène aux accents profondément émouvants. Que d’informations dans cette vidéo où se sentent presque palpables la dictature et l’oppression des femmes dont les visages – tristesse et désespoir – sont dénués de sourire !
Stricte partition des sexes et mâles portant sur leur mine comme un air de mafia. Les dictatures ne sont pas seulement des utopies réelles: elles tuent aussi le sourire et la joie.
La personne semblant peu apprécier qu’on la filme est une ancienne gloire de la chanson tchétchène. Je n’ai pu obtenir une traduction des paroles de cette chanson.
homo de novo
Comme ces sources étonnantes
où Borvo se mire dans l’azur
d’une vasque de pleine lune
et un bassin carré,
la Chine repose sur une tortue
animal singulier à la carapace
ronde dessus et carrée en dessous.
π se devine en gésine
dans l’ondoiement des formes,
entre réel et rationnel.
Mais au fond de la boîte de Pandore
guette l’œil sombre de
l’hydre du lemme
les pyramides de nombres,
du Big Data, de l’IA !

Naïfs et confiants
fellahs, scribes, manouvriers,
marchands, seigneurs, prêtres
servent les puissants,
mais tous ignorent
sous les guises de l’histoire
le fond de leur moteur
L’histoire semble passer lentement
goutte à goutte, jour à jour, saison après saison.
Mais vu des empires qui défilent,
des espèces qui fluent et des magmas qui roulent
le spectacle est fugace
Seul Dieu, s’il existe ce Polyphème borgne,
possède la clé du film qu’il rejoue à sa guise
projetée à vitesse réglable sur un écran de nuages
assis dans un fauteuil du même bois
tout piqué d’étoiles et de comètes
« J’écris les chiffres que je dis
je dis les chiffres que j’écris ».
Voici l’amorce.
En quelques itérations
elle déchaîne l’explosion logique des instants et des nombres.
La parole fut pour l’homme l’étincelle qui démarra
l’ouragan cognitif. Il dura plusieurs millénaires
montrant un pic exponentiel avant l’effondrement.
« N’ayant su domestiquer son animalité.
imbue de la puissance de son illusoire raison
l’espèce dont je vous parle
n’a pas su inventer une sentience adéquate
des règles, un désir, un projet, des rêve viables.
L’accident, quasi instantané, est tout au plus vieux
d’une dizaine de millénaire.
Le groupe rescapé…une centaine de milliers…c’est bien ça ?…
– Non, Votre Omniscience, une dizaine, susurra d’une voix de flûte une elfe timide.
Où avais-Je la tête ? Dieu la bénit et reprit:
Le groupe rescapé, disais-Je, est sorti de liste des espèces en danger –
sinon à quoi ça sert que Dieu y se décarcasse ? – galéja le Tout Puissant.
Elle est trop mal stabilisée pour être encore baptisée.
Le recul manque pour savoir si le reliquat encaissera l’uppercut,
prolongera ou non son genre et dans quelle voix.
Mais le principe d’un suivi régulier est acquis :
1 -point d’étape séculaire
2 -suivi de détail tous les millénaires bissextiles,
3 – revue générale chaque million d’années,
4 -même date, même heure, même lieu, en espace temps local évidemment
5 -restez branchés qu’on puisse vous toucher 7/24 !
Pas plus de trois ou quatre éternités de retard.
Je serai intransigeant !
En cas de doute, demandez à Cantor.
Good job guys !’
conclut Dieu,
toujours aussi patriarcal et avare de louanges,
en rompant l’intemporel conclave d’anges
aux genres indécis
qui s’envolèrent dans un grand frou-frou
d’ailes versicolore.
Le crash fut lourd.
Massifs et lents paquebots
les cultures s’ancrent
dans l’humus des symboles et credo
résilients comme chiendent
funestes ou fortunés
plus lourds à manœuvrer
que redresser les fleuves
creuser les mines
bâtir les aciéries
Ils s’imaginaient faire renaître des dinosaures, les aurochs…
Mais pas plus qu’on ne démélange un expresso noisette
jamais les gènes ne remontent le flux.
Incapable de se remaçonner
la montagne s’effondre
La vie ne tiendrait pas
sans qu’à l’intime de nos métabolismes
s’associent ribosomes, bacilles, blastes,
pour sans cesse reconstruire
le corps qui nous maintient vivants
dans nos carapaces de villes
nos glaires de symboles
de sentiences, de savoirs et de sciences
qui convergent pour
arracher Narcisse au puits des passions brunes
dont fond duquel il imagine
l’étroite lunette bleue au-dessus de sa tête
embrasser tout le ciel
avant que cède une rustine
ou pète l’anévrisme.
Tout le vivant partage à même lot
le fardeau d’entretenir la flamme
d’acquérir carburant, comburant
excréter les toxiques
de sa vitale combustion
âpre realpolitik de la thermodynamique
vivre est un travail, un effort, une douleur
sarvam dukham !
De l’avoir oublié est mort à tout jamais
homo sapiens sapiens tel qu’il serait devenu
sans la catastrophe que sa démesure causa.
Si elle survit, l’espèce sera neuve
héritant seulement d’une fraction des gènes
du stock d’avant l’étranglement
racine pivot d’un vortex de novo
qui ne sera plus
homo sapiens sapiens.
Le béton est le récif en moins beau,
que se bâtit l’humain
comme le polype exsude son corail
Ses tours, ses ponts, ses ports
moulent son espace-temps,
comme l’hydre construit le sien
dans l’expérience de son corps tuyau
où courent les fluides.
L’amibe ignore la boite de Pétri
où elle se vautre et bâfre,
pas plus que le fleuve ne sent les berges
entre lesquelles il coule
pas plus que le mollusque dans sa tunique de gélatine
n’interroge ses raisons de coller au récif.
Pas plus encore que les fourmis n’ont le plan
des fraîches mégapoles
myrmicoles
à l’urbanisme tout rationnel qu’elles bâtissent sous terre,
les humains n’aperçoivent les facettes du cristal
où joue en vase clos leur aveugle entendement
dans le clair bocal des évidences obscures.
Au ponant, des bâtées de béton,
de plexiglass, d’acier, de macadam, de silicium,
coulent dans leurs caboches
et dans leurs iris flamboie un lourd soleil rouge
saignant aux miroirs polis des gratte-ciel,
où claquent les oriflammes
des républiques, des empires.
Ils se livrent de furieuses guerres de gènes
grimées d’oripeaux d’honneur et de culture.
Ils s’imaginaient faire renaître les dinosaures, les aurochs…
« Te souvient-il, Pierre,
de nos jeunes jours
quand munis de percuteurs de pierre
dure des montagnes
achetés cher deux grains d’ambre
dans un grand concours de danses
de fleurs, de couleurs sur la peau
et les jeunes corps en ronde mimant
autour de nous la course des bolides au ciel
ici même en ce lieu vénéré de tous temps
par nos pères et mères où sourd l’eau pérenne
nous taillâmes ces deux vasques peu profondes,
l’une ronde, l’autre carrée avec entre elles une rigole ?
-Comme si c’était hier ! »
Illustration: fontaine Saint Patrole à Colombier, Allier
Onde de granit
La mer des signes
Ta grand-mère n’était-elle pas pythonisse ?
Lentement l’encre nocturne remplace l’azur. Sous la lune qui prend la veille, le marbre luit, poli du frottement des étoffes. En contrebas, sur l’hémicycle, quelques lampes à huile vacillent et dans l’obscurité qui épaissit, projettent dans l’agora des ombres géantes. Les plus grands orateurs ont défilé sous ces sphères, des étrangers célèbres, des devins, des mages, des hyperboréens velus et des Noirs crépus, des Egyptiens, des marchands, des espions et même quelques gymnosophistes venus à grands périls d’au-delà des déserts sur le dos de chameaux à deux bosses.
– « Est raisonnable le raisonnement bien conformé sans schisme logique, qui décrit le réel », clame l’ombre géante d’un index, celui d’un homme peut-être trentenaire aux maxillaires carrés, nets, bien rasé, une fibule d’or à l’épaule. « Les chevaux borgnes ne sont pas chers, mais Athènes pour faire la guerre achète les plus belles cabales. Oui, la logique philosophique, voilà la supériorité d’Athènes… »
– « Tu l’as déjà dit, jeune homme », coupe un vieillard. « Qui confondrait une haridelle et un destrier ? Qui serait sot assez, même sans connaître les signes, pour échanger son or contre une haquenée borgne ? Même pas tes pères, beau jeune homme. Je les ai bien connus. Quand ils avaient leurs jambes, pour vaincre ou rester vivants, ils s’élançaient comme fous derrière l’égide. Comme leurs pères avant eux, ils rejoignaient les montagnes assister aux mystères. Les dieux les chevauchaient comme les autres. Autour de la faille omphalique, tes pères bien mieux que toi comprenaient l’importance de nos cérémonies, quand nous jouions, ensemble, tous, hommes, femmes, enfants, vieillards, la comédie et le drame de nos vies. N’est-ce pas d’une femme Scythe, il y bien des générations de cela, que provient ton germon ? N’est-ce pas de l’un des Argonautes qu’elle enfanta tes pères ? Elle était parente de Médée, initiée aux cérémonies des hyperboréens, aux mystères qui se jouent sous le dôme enterré dans les vapeurs d’herbe et les effluves du sol ? Ses filles, tes aïeules, n’ont-elle pas visité les mages de Perse, les prêtres d’Egypte ? N’avait-elle pas recueilli les chants des Garamantes, les murmures de Cassiopée, les poèmes de Saba, et ouï dire des hommes singes velus de l’Afrique chevelue ? Ta grand-mère elle-même, jeune homme bien rasé, ne vivait-elle pas dans les grottes de karst, en compagnie des sangliers, dans les collines du Nord où vivaient jadis les Cyclopes, où sont encore vivants les vieux cultes ? N’était-elle pas partie longtemps vers l’Est, au-delà du pays des mages, là où les ascètes adorent un dieu aux mille bras et au collier de crânes ? Ne parlait-elle pas de ces royaumes lointains baignés à ces rivages d’où sort Apollon sur son char, consumés d’interminables guerres dont nous ne savons rien ? On m’a dit qu’une grande couleuvre mâle partageait même son antre. Ta grand-mère, beau philosophe, n’était-elle pas pythonisse ? »
La raison contre les mythes
– « Superstition, tyrannies des mythes ! Nous, philosophes, luttons pour dégager l’entendement de la gangue ancienne de la magie, des cosmogonies archaïques, des royautés enracinées dans le despotisme des mystères. La déduction qu’on fait sur l’hypothèse qu’on avance et que le réel confirme : voilà le credo. Sinon quoi ? Sinon l’émotion, la folie passagère, le démagogue qui flatte la foule, qui l’excite, qui l’enflamme, la lance par la ville forcer les portes des greniers et allumer des feux ? Ou bien préfères-tu, vieil homme, l’archaïque carcan des antiennes magiques, le vieil ordre croulant où vous les chamanes et les rois, vous entendiez si bien pour corseter l’univers et l’homme ?»
– « Les Athéniens en veulent toujours plus », tonitrue une voix forte résonnant d’accents d’airain et de marteau. « Ils ont raison d’être gourmands et ambitieux. Pourquoi ? Parce qu’ils sont raisonnables. Oui, la raison fait la grandeur d’Athènes. La raison est le fondement de sa supériorité politique et morale. Elle l’autorise à revendiquer l’hegemon sur les autres cités. Périclès les fédère pour leur bien. Elles doivent comprendre la beauté, la bonté et le juste d’Athènes.»

– « Elle est belle ta raison. Elle est belle la démocratie », gouaille d’au-delà la margelle, depuis l’ombre violine une voix au fort accent rempli de borborygmes. « Périclès l’a imposée aux cités fédérées, comme une punition. La démocratie ou l’invasion, la démocratie ou les camps militaires aux portes de la cité ! Périclès a trahi. Le monde nouveau que tu décris est celui d’un début trahi. Mais, je te l’accorde : ce siècle est une première expérience où tout est déjà en germe.»
– « Tant d’hommes de talent rassemblés à Athènes, en si peu de temps, sur si peu d’espace ! » s’emporte un jeune homme maigre à la toge douteuse, à la tignasse de nattes formant masse sous le bonnet de maille. « Est-ce leur génie ? Ou n’est-ce que l’occasion ? Quand la paix règne, quand l’or et l’argent circulent, le plus stupide des colporteurs remplit sa bourse. Génies de pacotille, talents d’occasion, talents factices, talents à la mode ! »
– «Talents sonnants et trébuchants, pour ça oui ! » coupe un homme depuis l’ombre. « Parlons-en des élites ! Socrate, Platon, Aristote, Périclès, Hérodote, Alexandre ? Tous cul et chemise. La même bande. Quelle autre raison plus grande a donc bien ta raison, ô beau philosophe rasé, sinon que de servir les puissants ?»
logique du conte, logique du compte
– « Votre raison », reprend le jeune homme maigre à la tignasse filasse, « c’est la logique du fer : la loi, la norme, la règle, celle que vous gravez à toutes les stèles de pierre plantées aux carrefours. Et même vous l’avez fondue dans le bronze ! Nos pères, les pères de nos pères, préféraient à vos lois la souplesse de la parole, l’accord, l’harmonie.»
– « Ne vois-tu pas que le monde a changé ? » rétorque index encoléré le philosophe aux maxillaires carrés. « Comment les vieilles coutumes pourraient-elles encore répondre aux défis d’aujourd’hui ? Jadis, toi vieillard que mes pères ont connu, tu prenais une barque, tu tournais le cap : les lois avaient changé, les temples abritaient d’autres dieux. C’était il y a longtemps. Les vaisseaux pansus, que protègent nos trirèmes, aujourd’hui nous mènent en quelques jours à Sidon, Tyr, Memphis, Cyrène, Syracuse, à Agathé Tyché ou Massa. Depuis, d’autres dieux ont rejoint dans le temple l’idole poliade. D’hors les murs ont afflué les métèques, les esclaves, les miséreux des collines et des plateaux trop arides, trop peuplés. La puissante Perse menace. Aristote peut bien conseiller l’autarcie. Si Athènes ne s’était pas tournée vers la mer, si Périclès n’avait pas imposé notre démocratie, nous échangerions encore nos sardines sèches contre l’orge plein de cailloux de Lacédémone !»
– « Vous chamanes, chenus ou jeunes, prétendus philosophes et véritables errants, n’êtes qu’une bande d’idéalistes, de rêveurs. Je construis des galères au Pyrhée. Je travaille dur, moi. Je fais commerce avec ceux du Pont. J’ai même, en ce moment peut-être, un navire au-delà des piliers d’Héraclès, parti chercher l’étain. J’importe le blé de Colchide, que vous mangez ici. Le pain de froment, vous en voulez bien, hein ? Mais vous ne voulez pas des règles, des sceaux, des mesures, des étalons pour l’acheter ! Comment sans eux fonctionnerait le commerce, sans des règles reconnues partout et par tous les marchands? Finies les disputes, les comptes et les cargaisons au jugé. Les lois faites sous le sceau de la raison sont bonnes pour le commerce. Athènes a écrit les paroles exactes. Tant mieux pour nous que ce soit elle qui l’ait fait ! »

– « Le sceau de la raison ? » rugit l’homme de l’ombre. « De raison, tu as la bouche pleine, et les bras chargés de plans de machines, de roues à dent, de cages d’écureuil, de poulies, de moufles, de bigues, de chèvres. Tu penses comme un calame, et non pas comme un homme. La belle mécanique ! Les portefaix par centaines que tu as débauchés, mourant de faim au bord des routes, entassés aux faubourgs dans des dolia crevées. Tu préfères tes engrenages aux travailleurs libres ! Même les esclaves pour toi mangent trop encore. Les engrenages ne mangent pas, ne se plaignent pas, ne réclament pas. Ta logique est celle du livre de compte. La voilà ta raison. La raison de ta raison. Ta mécanique est l’outil des patriciens, des trafiquants au grand large, l’outil du pouvoir de ta classe ! »
– « Les engrenages », renchérit le chamane à la tignasse, « conviennent bien aux machines. Mais comment pourraient-ils nous dire pourquoi reviennent les jours, les saisons, les moissons ? Vos articulations logiques sont souples comme les maillons d’une chaîne. Vos mètres et vos péroraisons de parchemin sont cassantes et rigides: on croirait l’insecte, et ses segments de chitine, pliant à peine aux joints. Notre mètre n’a besoin ni de calame, ni de stylet, ni de parchemin : il est en nous. Python seul a la souplesse nécessaire de dire au cœur des hommes les paroles qui cernent le futur. Platon même, quand il est au bout de ses raisons, revient au savoir bien usé, bien sûr, bien mûr des mages, seuls capables de faire leur part aux mystères. En peu de mots leurs bouches disent les mythes dont des mers de signes n’effleurent pas même le sens. Socrate raisonne et n’écrit pas : ses convives banquètent. La nourriture entre par la bouche des convives et la sagesse en sort. Comment pourras-tu jamais démontrer comment les enfants aiment leurs parents ? Crois-tu qu’on peut apprendre dans les livres ce que l’on est soi-même ? Crois-tu que les masques au théâtre, tout à l’heure, ici même, ne raconteront pas nos mystères bien mieux que, le licol sur la nuque, les scribes des rois, leurs nobles, leurs philosophes, leurs régisseurs, leurs marchands, leurs esclaves affranchis ? »
Parler est barbare
– « Tu insultes le savoir, sophiste ! », raille le philosophe carré de la mâchoire. « Tu insultes la science, toi qui la vends, contre argent, comme des carottes, à des marchands grossiers qui n’ont que leurs drachmes à la bouche, celui qu’ils dépensent pour ta rétribution, celui que leurs enfants gagneront grâce à ton verbe maquignon. Avocat parfois, précepteur de gosses de parvenus tantôt, secrétaire ici, rédacteur là, traducteur parfois, au gré de tes embauches : un colporteur n’est pas un philosophe. Oui, l’écriture est le savoir des rois. Oui, ses régisseurs gèrent ses domaines. Oui ses scribes notent l’or, l’argent, les pierres, les trophées, la richesse des citoyens, les contributions des alliés à la beauté d’Athènes. Oui la raison sert les rois, le mérite, la valeur, le beau. Oui, le fort est le maître de la raison ! » »
– « Ta raison te trompe », rétorque l’homme à la toge douteuse, « car si à quelque question qu’on pose, l’univers répondait par l’affirmative ? Se ferait-il que l’on puisse trouver quelque preuve à n’importe quelle conjecture ? Parce que l’étendue limitée des conjectures, infiniment inappropriées à leur objet, fait que toujours existe quelque partie du vrai qui les confirme ? »
– « La parole » continue le vieillard, « n’est pas une loi qu’on grave dans la pierre. Elle est utile. Elle se décide. Elle se plie, elle s’adapte. Nos ancêtres la façonnaient à l’ombre de l’olivier millénaire, martelée longuement comme le forgeron la lame de bronze. Longs conciliabules et braves péroraisons. Et quand les gorges s’asséchaient, quand le souffle collectif chancelait, les aèdes pour le réanimer entonnaient encore les généalogies, les exploits des héros, les épopées anciennes. Sous le dôme à demi-enterré, on racontait les rêves, les angoisses, la torsion des viscères, la peur des esprits et des sorts que jettent les envieux. Alors quelqu’un s’écriait : toi là-bas, pourquoi m’en veux-tu ? Une voix entonnait le chant des symboles qui pansent. La voix partagée soignait les griefs, la colère, l’envie, les jalousies, les complots, les maladies du corps, les maladies de l’esprit enfermé dans le corps, et celles de l’esprit qui contient tous les corps. Toi qui respectes le théâtre qu’on va jouer bientôt ici, ce soir, au milieu de ces bancs, ne sais-tu pas que ses racines puisent au vieux culte ? Ne sais-tu pas que la raison est bien faible pour soigner les maux qui n’ont pas de nom !
– « Les charlatans… », reprend après une pause le vieillard d’une voix assombrie, « les charlatans vendent des potions dont l’efficace réside dans le secret jaloux de leur fabrication et le monopole de leur distribution. Les vrais thérapeutes – leur peau sent la chèvre et non le baume – soignent l’homme en entier. Ils soignent par la parole pour ce qu’on veut bien leur donner. Seule l’évocation, la parole, la musique, l’image vivante, recèlent l’efficace. »
– « Socrate n’a jamais écrit une ligne, sauf pour la liste des courses qu’il donnait à faire à ses esclaves », persifle une voix depuis l’ombre ceignant l’amphithéâtre.
– « Platon lui-même » continue le philosophe filasse à la toge crasseuse, « hésite à confier pleinement au calame les paroles du maître, comme si l’instrument ne suffisait pas à contenir sa pensée. L’élève a ouvert les bondes. Après lui, nous le sentons bien, les scribes le diront sans plus de retenue : parler est barbare. »
Ricochet

Ris cocher
laugh coach !
pauvre cloche sous le clocher
battant à gros bourdon
gueule de toutes tes dents
gâteuses
personne ne t’entend !
Ris gueux rugueux
rogue manant
goguenard tel Diogène
au seuil de son dolium
la queue entre les mains
gratifiant le bourgeois
de grasses grivoiseries
et de jurons les démagogues
qui le craignent plus
que Gog et Magog !
Ris cocher !
sans soin au cuir
sentant le suint et la sueur,
l’ail et le sel
guinche
grand gueux gauche
avec les garces aguichantes.
Ris, mâle cocher,
ébroue tes chicots,
chante, gueule, bois,
mange, danse, gaudriole,
fais claquer ta chicotte,
mais crains la chtouille
asticot !
Las,
loin de ta trique
ton coche, qui n’est pas d’eau
glisse à la baye,
avec les chevaux !
« Des cachalots ? »
Tu es saoule, pauvre cloche !
Casse ton verre, pas ta pipe,
vire, ripe, ricoche !
Misère de la gauche
Tout animé du rêve prométhéen de changer l’homme, de le déconstruire méthodiquement pour le libérer de tous les déterminismes qui l’enchaînent, physiques, matériels, sociaux, cognitifs, pour effacer le passé et sur une page blanche tracer le grand dessein de l’émancipation universelle, le marxisme aura réussi un programme exactement inverse : détruire la société, l’atomiser, la pulvériser, la réduire à une collection d’égoïsmes qu’aucun ciment ne tient plus ensemble. Ainsi la gauche aura-t-elle réalisé le programme libertarien extrême que promouvaient Ayn Rand, Margaret Thatcher, Ludwig Von Mises, Friedrich Hayek et aujourd’hui Javier Milei ou Donald Trump.
Fondé sur la solidarité des classes exploitées et l’idée que l’homme n’est rien sans son inscription sociale, qu’il est l’un des lieux d’un continuum plus grand que lui – la société, l’espèce – le socialisme aura en cours de route perdu tout orient pour dériver dans la direction opposée et se ranger aux intérêts d’une classe dominante convaincue que la singularité individuelle constitue un apex métaphysique, classe qui par ailleurs a intérêt à la désagrégation sociale.
Et c’est bien ce que l’analyse des composantes démographiques de la gauche montre, seulement peuplée d’universitaires, d’énarques, d’industriels, de fonctionnaires, de privilégiés. Dans ces conditions, voyant bien qu’elle n’est nullement représentée, mais au contraire méprisée, que ses intérêts économiques objectifs sont foulés au pied – zones à faibles émissions, portiques de taxation des véhicules, immigration illégale constituant une atteinte directe aux intérêts économiques des classes les plus modestes – alors nulle suprise que la plèbe se tourne vers les sirènes menteuses de l’extrême droite. Il plaît au bloc bourgeois de penser qu’Hitler parvint au pouvoir en raison de l’imbécillité des masses. Mais qui avait rédigé les clauses léonines du Traité de Versailles qui conduit plusieurs décennies plus tard à la misère populaire ? L’exacte même chose se déroule aujourd’hui. La misère populaire jette la populace dans des bras fanatiques, mais les raisons pour lesquelles elle le fait appartiennent entièrement aux élites bourgeoises auxquelles collent encore, par simple rémanence, l’étiquette de gauche
anthropologie galactique de Gaïa

tectonique culinaire et gastro-astronomique !
Il y a quelques décennies des géologues un poil farfelus prétendaient que les sols du fossé rhodanien seraient constitués de calcaire urgonien. Et pourquoi pas de 豆腐 – dòufu-tofu?
Remettons les choses à l’endroit : côté Drôme, le picodon fossile forme l’essentiel des terrains (plus quelques filons de caillette indurée). Côté Ardèche domine le pélardon métamorphique. Or – la géochimie le démontre – ces deux lèvres du fossé rhodanien étaient jadis cousues en un ensemble unique. Moraines, banquettes de galets, couches de sable, lits d’argile, bancs de loess, tables de tuf, strates de brèche, furent jadis arrachés au substrat galactique commun d’archéo picolardon – ainsi les spécialistes nomment-ils la roche-mère[1] – par d’antiques fleuves de lait et des bises mugissantes. Ce qui jadis se tenait comme un bloc, le roulement plutonien des magmas le déchira comme on ouvre une braguette.
Chacune sur sa rive, l’Ardèche du pélardon et la Drôme du picodon entamèrent leurs croisières séparées sur les bouillons rougeoyants du magma avant de sombrer dans les entrailles ignées où Hadès les guette. Flottant sur la pâte torride encore l’instant de quelques millénaires, ces fragiles éponges de croûte fromagère font comme ces mousses d’ombre filant fugaces au cul brillant des coulées d’or vomies par les gueulards des haut-fourneaux . Dérive inexorable ! Depuis ces temps lointains, la faille s’est ouverte. Elle court désormais de la Croix Rousse au Panier, du marché des Lices à l’amphithéâtre des Gaule.
Non seulement le rift cisailla-t-il le Gondwana, encore sépara-t-il un peuple jadis unis autour d’un même fromage: le picolardon. Son culte se perdit et se dissous l’unité fromagère, désormais Voconces à l’Est et Helviens à l’Ouest, chacun avec son fromage totem, issu selon des mythes communs d’un ancêtre commun. En témoignent rien moins que César, Hannibal, Strabon, Pline, Tacite.
Telles sont les conclusions infrangibles encore toute provisoires, d’une science nouvelle affranchie de la lentille réductionniste, munie au contraire d’une loupe magnifiante, intégrative, reliante, concernante, connectivante, inclusive, euphorique sans excès de disphorie, positivement édéitique en ménageant l’onirisme – il est vrai parfois malaisante mais à coup sûr post néo-archéo-moderne : l’anthropologie culturelle géo-gastro-astronomique !

Au nombre des résultats prometteurs de cette discipline novatrice, on a pu déterminer que les substances d’une même couleur blanc-beurré: pélardon, picodon, tofu, camembert, munster, maroilles, Pont-l’Évêque, époisse, beurre, etc – partagent toutes une cinétique physico-galactique comparable. A l’exclusion du tofu ! Le sous sol rhodanien N’EST PAS constitué de 豆腐 – dòufu-tofu ! C’est un mythe. Nous en apporterons la preuve.
L’inspiration principale de cette discipline novatrice, on la doit à Evariste Gallois, génial mathématicien hélas mort trop jeune en duel à vingt ans pour l’amour d’une belle: les propriétés d’un objet mathématique dit-il, se projettent sur un autre pourvu que tous deux soient dotés d’une même structure. Ainsi les résultats acquis dans l’étude des archéo-fromages d’Extrême-Occident sont transférables aux archéo-tofu d’Extrême-Orient, moyennant quelque assaisonnement, si l’on peut montrer que les paléo -cratons possèdent la même structure gastro-géologique. Or c’est le cas, mais la démonstration serait trop longue ici. Archéo-fromages et archéo-tofus forment un groupe de symétrie. Etudier les uns, c’est étudier les autres
Aussi importe-t-il, pour rendre compte avec exactitude de l’évolution des confins continentaux, de bien comprendre comment aujourd’hui se cuisine le tofu d’autrefois. Le passé éclaire le présent et inversement. Ainsi la seule Chine propose une époustouflante profusion de préparations à base de soja, ancrée dans le kaléidoscope des particularismes aux dangereuses pulvérulences de la dissolution si revenaient les temps des Printemps et Automnes ou la mandragore des Seigneurs de la guerre. De cette profuse palette, les meilleures épiceries asiatiques de France ne proposent qu’une sélection étique, de sorte que le gastro-chercheur ne saurait faire l’économie d’une enquête de terrain.

Il existe dans l’Orient global des milliers de manières de préparer le tofu. Très frais, il ressemble à du fromage blanc. Préparé avec de la ciboulette 细香葱 – xì xiāng cōng , un trait de sauce de soja, quelques gouttes d’huile de sésame noir, il fait penser à la cervelle de Canut. Egoutté, il passe par le fondant, le soyeux, le granité. On peut le frire, le mariner. Séché, fumé ou aromatisé, il prend sous la dent la consistance du fromage ou de la viande. C’est encore le 五香豆腐 – wǔxiāng dòufu,aux cinq parfums, ferme sous la dent, à la chaude couleur basane. On trouve également du vermicelle de tofu, de la peau de tofu 豆腐皮- dòufu pí, qui ressemble à celle que formait jadis dans la casserole le lait cru. Séchée, elle devient cassante, et s’amollit dans la fondue de Chengdu, servie dans une marmite Yin-Yang à deux compartiments 鸳鸯火锅 – yuānyāng huǒguō, l’un rouge et relevé, l’autre pâle et doux.
Une fermentation anaérobie transforme le tofu en une pâte beurrable. Dans les 胡同 – hútóng de Pékin ou les 弄 lòng de Shanghai, à l’ombre de chapeaux clic-clac de toile blanche, dans de grands woks posés sur des braséros de tôle, des mamies font frire d’épais médaillons de fromage de soja fermentés. L’huile qui y bout est noire à force d’usage. Qu’importe ! C’est si goûteux, entre steack et omelette, si plein de sucs et riche d’arômes ! On repère ce plat populaire de loin à ses suaves pestilences d’excrément frit ! Oh tofu puant 臭豆腐 – chòu dòufu ! nauséabond à souhait comme les égouts de Lahore ! Oh humus bucco-olfactif quand le fétide devient parfum, engendrement croisé du cadavre et du germe, de l’asticot et du phénix !
Ses fragrances font penser au durian, ce gros fruit en forme de ballon de rugby. Carapaçonné comme un triceratops, au nez de lie, de sentine, de fraise, de cloaques de Delhi, de framboise, de banane, de marron glacé, à la pulpe coulant comme un chèvre trop fait, il est le cauchemar des singes qui le guignent mais s’ensanglantent les doigts en tentant sans succès de l’ouvrir. Entre Lille et Gand, sont remugle l’apparente aux fermentations d’une wassingue humide ; en Normandie à Marie Harel et son camembert aux relents de fèces ; entre Vercors et Vivarais il fait penser au nez pointu du foudjou, et partout ailleurs à un organe malpropre.

Aux berges atlantiques, les perfides langues bifides au long nez pâle aiguisent une critique récurrente : le tofu n’a pas de goût ! La belle affaire ! Les patates, les pâtes, le pain, le riz en ont-ils ? Non : ils s’imprègnent des flaveurs de leur assaisonnement ! L’aptitude à se gorger du goût de quoi on l’accompagne, voilà le talent mimétique du tofu !
Pouark ! personne n’aime les chips molles ou le steak caoutchouc. Mais ces fautes d’accord importent peu aux palais de l’Europe. La langue chinoise ne l’entend pas de cette oreille. Pour elle, au contraire, texture et consistance sont des dimensions de l’espace spatio-culinaire, des discriminants du goût que la cuisine explore. Un exemple ? ce plat si raffiné, si cher, minimaliste, presque conceptuel à la manière des feutres de Beuys ou des pouces de César: sur un bouillon fin bien chaud, on pose quelques feuilles fraîches. Verdure spéciale, d’une lignée sélectionnée par des générations d’horticulteurs chinois – d’où leur prix – pour la qualité unique qu’elles possèdent de fondre gluantes sous la langue. Instant de transe suspendue : quelles délices !
Oui, au rebours des papilles béotiennes d’Occident, les bouches 汉 han explorent la palette du mou, du collant, du ferme, du fibreux, du filandreux, du ligneux, du gélatineux, du flasque, du caoutchouteux, du cartilagineux, du croquant, du craquant, du pâteux, du filant, du granuleux, du velouté, du granité. Ah le cœur moelleux sous la peau croustillante du blond cube de tofu 脆皮豆腐 – cuì pí dòufu. Ah, le satin flasque du tofu de la tante Ma – 麻 婆 豆 腐 – má pó dòu fǔ !
Que la Chine goûte autant goût que texture explique la déception qu’éprouve souvent la bleusaille au long nez novice à la dégustation du Canard de Pékin. Un chef haut entoqué le présente entier à la table dans sa robe caramel (dans les établissements select du moins). Le Blanc imagine que le coq s’apprête à y lever aiguillettes, magrets, dos, filets. Que nenni ! Indifférent à l’art du boucher, le tranchoir tranche, coupe et fracasse à travers la carcasse. Quel dommage ! Dommage quoi ? s’insurge l’Oriental. Pour que chaque museau s’enjoie, ne faut-il pas que chacun ait son lot de tendon, de peau, d’esquilles tout autant que de muscle pour dépiauter patiemment, succulemment chaque espèce de charogne ?

Outre la limace de mer ou la méduse confite, les pattes de poulet sont peut-être ce qui offense le plus le palais des barbares de l’ouest. Crochues, tout de peau, de tendons, de cartilage, d’ongles et d’os, marinées de diverses manières et couleurs – bleues, roses, vertes, jaunes, violettes, mastic – il plait au local de les mâchonner, grignoter, suçoter, machouiller, aspirant, crachant, ensalivant, dans un geste total, impliquant mâchoire et âme, fressure et microbiote. Manducation éminemment sociale quand entre amis, après la ronde des plats, à longueur de soirée on construit la grande muraille – 打长城 – dǎ chángchéng (i.e. jouer au mahjong) décortiquant sans fin dans les brumes un peu alcoolisées du cocon chinois qui hait la dissonance, des graines de tournesol dont on crache les écorces qui font au sol un matelas. Que deviendront ces écailles à des éons d’ici, quand les aura barattées le remuement des continents ?
Tout comme les calcaires sont des cimetières de foraminifères, tout comme les massifs coralliens sont des excrétions de polypes, tout comme la craie est un précipité de lait de chaux sous les rôts carbonés du pullulement biotique, tout comme en Californie s’étalent des plages de cadavres de bouteille, tout comme à Yellowstone des mares à fumerolles nourrissent des glaires de cyano-bactéries, tout comme les flatulences d’archéo-bactéries éructèrent l’oxygène de notre planète bleue, oui ! archéotofu et archéo-fromages en couches d’épaisseur formidables sont le bas-beurre du vivant !
Le géologue du futur dressera demain la carte des strates rouillées de carcasses de bagnoles, de machines à laver, de graines de tournesols. De noirs mineurs frapperont de leurs pics ces résidus de mastication, ces filons de mangeaille feuilletés, triturés, malaxés, tirés, poussés, pliés, cisaillés, cimentés, écrasés, pulvérisés, enfouis, caramélisés, marmorisés, calcinés par la marmite nucléaire, battus par les déferlantes de gabbro, recyclés par la subduction des cratons, secoués par les coups de rein de Gaïa et l’éjaculation des tsunamis. Poussière où tout retourne, rocs brûlants roulant psittacistes sur le tapis du lemniscate !
C’est probablement aux abysses amères sur l’échine des costales que s’allumèrent les premiers fumeurs noirs dont les déjections soufrées rassasient crevettes translucides et crabes à croûte molle. Tout cela n’était, avant que naisse le temps, avant que Chronos ne distillât la panade, que film d’archées dans le bouillon de culture des origines. Tout est fruit de la vie. Gaïa est comestible ! L’anthropocène digère. Alchimie aux arcanes anguleuses, athanor délicat où tout dépend du réglage fin des feux. Incroyable série d’ajustements d’une prodigieuse finesse qui mènent des morves dégoûtantes aux marbres persillés de basalte et aux quinconces de dyke qu’on voit pendre aux parois des Pamirs et des Hymalayas ! Car il a fallu pour que tout cela existât qu’un chameau, avec patience dans l’azur, se faufile par le chas d’une aiguille. Et, si la planète bleue est verte, c’est bien résultat du mijotage à feux plus ou moins doux des résidus de cuisine du vivant !
Voici les faits qu’exhume l’heuristique puissante de cette science disruptive qu’est l’anthropologie gastrotectonique. D’un point de vue méthodologique, la démarche s’impose. Car il suffit ensuite, par rétro-ingéniérie et réversion du temps (et une cuillerée d’algorithme du Père Linpinpin) de déduire le passé du présent, et inversement, pour espérer enfin décoder la recette de l’archéo-bouillon.
Que constate-t-on alors ?


De troublantes symétries !
A l’ouest pèse le Puy Mary, très ancienne bulle de magma figé dont les baves de basalte et les lahars de cendre édifièrent au long des millénaires ce strato-volcan, omphalos des Arvernes, aux pentes duquel Vercingétorix téta le lait chabrot.
A l’est du supercontinent, sur l’autre plateau de la balance Roberval, se trouve un autre strato-volcan : l’énorme mont Paektu, 백두산, la Grande Montagne blanche, 长白山, dont la racine pivot s’enfonce jusqu’au manteau. Un autre dissident naquit sur ses flancs, Kim Il-sung, celui « Qui Transforme le Jour en Or » – 김일성, 金日成 – père de cette dynastie dont le soleil chaque matin espère le lever de paupière pour éclairer le monde à travers sa prunelle.
Le Massif Central est le château d’eau de la France. Chaque jour, il abreuve Marianne de ses fontaines de bouteilles en plastique. Or – coïncidence ? – l’eau et le feu à Paektu s’embrassent. Un lac, le lac Céleste, occupe la caldéra du volcan. Il ne devrait pas se trouver là, expliquent les géologues, si loin de toute subduction. A moins, à moins… que ne gise loin sous la surface, pincé entre moho et manteau, un océan gigantesque, Pacifique et Atlantique réunis. Ses eaux bouent au contact de la forge de Vulcain et ses vapeurs salées percolent les roches encaissantes, les archéo-tofu. Ainsi Paektu est-il comme ces petits pains – 馒头 – qui cuisent à la vapeur dans leur panier de bambou.
N’est-ce encore qu’une coïncidence que protrude en Mer jaune un cap – que dis-je ? – une péninsule, un appendice, le Shandong de granite ? Il est le nez oriental de L’Eurasie comme Blanc Nez et Gris Nez sont les truffes du ponant que mouche l’Atlantique ? Ces deux oblongues capsules ne sont-elles pas tout également de vieilles croupes cristallines ? La célèbre bière Tsingtao – 青岛啤酒 – n’a-t-elle pas la couleur du chouchen ? Quant à la ville de Qingdao, capitale du Shandong, avec ses villas coloniales, n’évoque-t-elle pas la celte Brest ? Et Maître Kong – Confucius – né natif du Shandong, n’est-il pas quelque cousin de Merlin à la mode de Bretagne ?

Si les ressemblances sont nombreuses et troublantes – tofu, pélardon, picodon sont bien tous trois de couleur jaune-beurré – l’honnêteté critique impose d’aussi noter dissemblances et singularités. Sous Paektu, tofu cuit aux vapeurs salines ; au pays des Arvernes, limon de caséine et de lait de chaux lessivés par la fonte des glaciers !
On le sait : temps et histoire usent l’émail et l’ivoire des dents. Les chryséléphantines ont toutes succombé aux radulas des vrillettes. Ainsi vont parallèles trottant à l’amble manducation et cognition. Ainsi encore pour écrire ces lignes a-t-il fallu d’abord au paléolithique graver de cupules mimant la course des astres des plaquettes de pierre, puis avec Ptolémée, Copernic, décentrer l’univers, faire avec Galilée et Képler un pas cosmique de côté, avant que Poincaré, Einstein, Bohr, Schrödinger, Planck, Dirac – tant d’autres – déplacent provisoirement l’espace-temps à l’angle de la cornée.
Le reste du récit est trop connu pour qu’on le raconte. On se souvient qu’en son temps la découverte, aveuglante d’évidence, passa d’abord inaperçue. Mais un jour, fulgurant dans l’azur de marbre, elle en ébranla les placides piliers. Depuis des études nombreuses et variées – en micro-gravité, sous enclume de diamant, dans l’infra-jaune et l’ultra-rose – ont confirmé la découverte. Reste ce mystère : comment le fade peut-il naître du fort, l’insipide du goûteux ?
Depuis des décennies pourtant s’accumulaient les indices. On s’expliquait mal la formation du fossé rhodanien. On savait le Gondwana principalement constitué d’archéo-caséine, racine commune tant des protéines du lait de soja que du lait de chèvre, tout comme les archées sont mères des eucaryotes. On supputait notre lune résultat d’une collision ancienne entre Gaïa et Théïa, astéroïde libertarien sauvageon parcourant sur son erre ipséïste les molles géométries riemaniennes de l’outremer surréaliste.

Bien plus : les éléments trace décelés dans les échantillons ramenés de notre satellite (caillette, châtaigne, foudjou, bouquet garni) pointaient vers le lieu géographique de la collision, au mitan de la Drôme et de l’Ardèche antédiluviennes : au beau milieu du Gondwana ! On dépêcha derechef aux quatre orients des deux départements des missions d’exploration à grande débauche de pales d’hélicoptère brassant des palanquées de vent. Et l’on finit par identifierun cratère fossile de longtemps enfoui sous les sédiments. Mais surtout, planté à son ourlet, un pannonçeau confirmant que c’était bien là le centre du Gondwana ! (On peut toujours l’y voir à la Baume-Cornillane [2]!) Décisive, la preuve était irréfutable.
D’un coup se complétait le puzzle. L’ocre des terrains séléniens ? Leur velours grumeleux entre cantal, comté, beaufort ? Cet effluve de farigoule quand on frotte une pierre de lune à la manière de l’ambre ? Bon sang, c’était bien sûr ! Par comparaison le petit pas d’Amstrong était un trébuchement. Contre Ariane, contre Apollo, contre Spoutnik, contre l’ESA et ses tombereaux d’euros, contre la NASA et tous les lingots de Fort Knox, c’était là l’exploit à petit budget de deux astronautes free-lance aux caractères bien trempés. Leur fusée à damier rouge et blanc trône désormais au rond point de Chabeuil[3]. Oui, Gaïa et Séléné partagent une même origine fromagère. Wallace et Gromit avaient raison qui pique-niquèrent là-haut à l’aube d’un lever de terre, se délectant de succulents morceaux de lune, rien d’autre que du pur cheddar [4]!
[1] Selon certains experts, l’appellation archéo-pélarcodon serait plus adéquate. Débat semblable à un autre : faut-il dire Golfe persique ou Golfe arabique ? Dispute sur le genre des anges – naît-on ange où le devient-on ? – dont débattaient âprement à Topkapi dans la Constantinople assiégée prêtres, docteurs et savants, mages, vizirs, émirs et mirs.
[2] 44°49’24.9″N 5°02’37.7″E
[3] Bien que certaines chartes anciennes attribuent l’engin au mythique héros Tintin
[4] C’est l’aventure de ces deux héros que dépeint le film « La Grande excursion » de Nick Park et Julian Nott (1994), en s’écartant toutefois libéralement de la vérité historique.
Anarcho-royaliste-anticapitaliste-pro-Trump

Echange de SMS avec un mien ami
– Etienne, Bonjour. Hier vu des copains chrétiens anticapitalistes et aussi pro-Trump.
– Il faudra les présenter à mon copain anarcho-royaliste !
Toutes ces personnes devraient bien s’entendre avec une autre mienne connaissance qui, pleine d’empathie, regrettait amèrement le suicide de cette « pauvre Natacha Rey » qui mit fin à ses jours suite aux persécutions de l’Etat profond pédophile. Natacha Rey est à l’origine de la rumeur selon laquelle Mme Macron serait un monsieur qui aurait trafiqué son acte de naissance.
Quant à la dite connaissance, elle fut naguère présente sur une liste électorale de gauche. Elle est par ailleurs adepte de la secte boudhiste Falungong (法轮功, Pratique de la roue du Dharma), secte que je croisai à plusieurs reprises dans les parcs publics de Shanghai et même lors d’une cérémonie officielle dans cette même ville avant que le PCC n’interdise ce mouvement en raison de son fonctionnement sectaire et de ses liens avec la CIA.
Coquecigrue et tératologie !
Illustration: une coquecigrue en vrai
L’assèchement du canal de Panama rebattra-t-il les cartes entre Chine et USA ?
L’article qui suit est un commentaire (à quelques corrections mineures près) à l’article « Le Canal de Panama et la présence chinoise en Amérique Latine », paru dans Asialyst dans sa livraison du 16 février 2025.
Quel étrange monde où la physique d’une part (les pommes qui tombent vers le bas, la nécessité) et l’économie, la finance et la politique internationale peuplent des sphères séparées. Car cet article comporte un point aveugle considérable : le canal de Panama connaît d’importantes tensions sur son approvisionnement en eau, et donc sa navigabilité, ce qui a interdit en une occasion au moins le passage des cargos de très fort tonnage. Une pénurie qui n’est pas près de s’arranger et dont les conséquences géopolitiques seront déterminantes. Or, dans ce domaine, la Chine est mieux placée (ou plus exactement moins mal placée) que les USA, pour la raison que le réchauffement climatique est pris à peu près au sérieux du côté de Pékin alors qu’il est nié du côté de Trump.
Les coûts cachés de l’extractivisme (gaz de schiste, minerais, pétrole, bois, eau, etc) qui revient à financer le compte de résultat en mangeant le capital (les stocks) finiront à revenir en boomerang à la face des USA, sous forme de catastrophes naturelles non assurables qui pèseront en retour sur la capacité d’investissement, sur les filets sociaux, sur la potabilité des eaux, ou même la possibilité de leur usage agricole, le tout déstabilisant profondément la société US. La soutenabilité doit être perçue comme une dimension stratégique et non pas « romantique », « hippie » ou « gauchiste ». La Chine, malgré tous ses défauts, l’a compris, peut-être en raison de sa culture de direction collective et « d’esprit de synthèse », cette dernière idée chère au PCC.
Mais de l’autre côté du Pacifique ce sont des idées probablement trop subtiles pour une société fanatiquement éprise d’individualisme et plus encore pour un présentateur télé né coiffé – sans expérience sociale et n’ayant jamais dû se coltiner au réel – et un ingénieur caractériel dont le succès n’est dû qu’au soutien d’un système financier et économique lui-même délirant et n’ayant qu’une parenté de nom avec la démocratie.
Voice of America is dead, vive Radio Free Europe !
« Kirghizistan: le président Sadyr Japarov «soutient» la proposition de Musk de fermer Radio Free Europe *», nous apprend Radio France Internationale ce 11 février 2025. Voilà une excellente proposition. Une fois n’est pas coutume, me voici sur la même position que Vladimir et Jinping. Se pourrait-il d’ailleurs que Vlad et Jinping, qui connaissent le patron de Musk et son intelligence frustre, ait soufflé la proposition au dictateur Kirghize, que Musk s’empresse de bêler en écho ? A Musk, et d’une manière générale à l’esprit insulaire monolithe US, il faut des idées massives, des blocs de concepts , des nuances monochromes, des bons et des mauvais, un monde simple « sinon », comme disait Goering (à moins que ce soit Lénine ou quelque autre du même accabit), « je sors mon révolver ».
Il faut remercier Musk: les idiots sont parfois utiles. En effet, je connais un peu les Pamir et l’Hindoukoush (Turkestan Chinois, territoires du Nord-Pakistan, Inde du Nord). Les populations dans ces zones, autant en raison de la pauvreté de leurs Etats que des directions autoritaires de ces mêmes Etats, s’appuient sur les ondes courtes pour leur information (un poste de radio est difficilement détectable à la différence d’une connexion internet).
Dans l’ordre de leur préférence venait (venait car elle a disparu) en première place la BBC, reconnue pour son indépendance et son professionnalisme. La seconde place était occupée par la Deutsche Welle. Voice of America ne venait qu’en troisième place, en raison de sa partialité. Mais troisième place quand même. La Dame de Fer a rogné les crédits de la BBC qui aujourd’hui ne diffuse plus sur les ondes courtes – ou au moins a drastiquement réduit son temps d’émission – et dont la qualité et le professionnalisme ont nettement baissé: exit le soft power UK ! Merci Margaret.
Qu’Elon Musk n’ait pas inventé l’eau chaude n’est pas une découverte. Mais une telle abyssale bêtise est réellement surprenante. Comment le néo-martien peut-il ignorer le concept de part de voie ? Autrement dit, qu’importe le message, l’important est de saturer l’espace de l’information ? N’a-t-il pas lu les œuvres complètes de Steve Bannon: « Fill the zone with shit ! ». Oeuvres qui tiennent sur un rouleau de PQ et peuvent être lues au WC et utilement recyclées. La propagande a horreur du vide. Laisser un trou dans la toile et bien vite d’autres voies le comblent.
Les USA sont une île. Une grande île mais une île. Et cette île n’a du son succès et son influence mondiales qu’au fait qu’elle a su sortir de ces frontières, commercer avec le plus grand nombre, installer ses troupes un peu partout. Or, Dieu soit béni, le Très haut a donné au monde Trump pour libérer la planète de l’Oncle Sam et de l’emprise du billet vert.
Après Trump et Musk, dans le silence des ondes, personne en Asie centrale, en Asie Pacifique, en Extrême Orient, en Afrique n’aura plus confiance en les Etats Unis d’Amérique. Et d’autant plus qu’aura disparu son parapluie militaire et se sera tarie et son influence économique.
Voilà une place bien chaude que la France et l’Europe doivent s’employer à occuper d’urgence ! La marque Radio Free Europe est en déshérence ! Approprions-nous la ! Merci Musk (et bon voyage vers Mars), merci Trump, merci président Sadyr Japarov ! Vive Radio France internationale, vive Radio Free Europe !
Sur le même sujet, on peut lire: « Pourquoi la Chine savoure le naufrage de l’Amérique de Donald Trump« , publié sur le Site d’Asialyst
- Radio Free Europe, la mal nommée puisque filiale de Voice of America
L’étalon et les dyades
Le paradoxe EPR (Einstein -Podolsky-Rosen) est désormais bien connu. On le nomme également et plus expressivement phénomène d’intrication. Constaté expérimentalement par le brillant expérimentateur Alain Aspect dont les manipulations ont confirmé les inégalités de Bell montrant ainsi la justesse des déductions d’Einstein, Podolsky et Rosen, le paradoxe connaît aujourd’hui des applications dans le domaine de la cryptographie où il permet d’assurer la confidentialité des messages militaires ou des instructions bancaires.
Dans les années 70, me semble-t-il, le phénomène s’étudiait sous un tout autre angle. Des expérimentations auraient alors été conduites – je n’en ai depuis plus jamais entendu parler et ne saurait apprécier l’objectivité de leurs protocoles – sur la réaction d’embryon de poules (des œufs fécondés) aux souffrances infligées à la mère. Les résultats semblaient montrer une relation entre les douleurs de la mère et les réactions de l’œuf embryon.
Ainsi, entre Vietnam et Flower power, l’intrication nourrissait des recherches sur la relation mère enfant, relation incomparable, unique, à l’origine probablement de toutes les relations sociales. A partir des années 80, ces mêmes recherches s’intéressent à la sécurisation des échanges financiers, militaires ou policiers. On mesure la chemin parcouru.
Mais laissons là ces considérations factuelles pour poser une question, ardue et spécialisée, et en même temps banale et simple, dans le sens où elle intéresse l’aperception directe du monde, la sensation et l’intuition.
Les particules intriquées ont d’abord été considérées comme des exceptions, des monstres physiques. Il n’est plus sûr aujourd’hui qu’elles ne constituent pas une partie importante des particules de l’univers. Les particules intriquées, très simples à produire avec un jeu de miroir semi-diffusant, se comportent comme des dyades, c’est à dire comme reflets distincts mais symétriques. D’un reflet sur un miroir, on ne peut supprimer ni l’objet, ni le reflet. Ainsi se comportent les particules intriquées.
Avec un peu de courage, elles nous conduisent à une géométrie vertigineuse de l’univers. Vertigineuse mais probablement, au moins, accessible en partie.
Mais voilà ma question : comment s’articulent le recyclage baryonique – le recyclage des particules assurant le transport d’information dans l’univers, et donc l’exercice des quatre interactions fondamentales – et le paradoxe EPR ?
Rapprochées, les théorie de l’intrication EPR et celle du recyclage baryonique, nous contraignent à admettre que le reflet « intriqué » transporte instantanément à l’autre bout de l’univers une chaîne de causalité allochtone (une chaîne d’interactions aussi « vieilles » que l’univers mais générée « ailleurs »).
Cette chaîne d’interactions venue « d’ailleurs » vient s’insérer, depuis le monde observé (soumis à nos expérimentations) au sein de la chaîne des événements affectant la dyade distante.
Ces deux symétries (dyades) ont, sous l’hypothèse du recyclage baryonique, connu des destins (chaines causales) divergents. Le paradoxe EPR, expérimentalement démontré, nous conduit à l’obligation d’insérer des chaines causales allochtones au sein de chaines causales autochtones, et vice versa.
Cette insertion doit nécessairement se réaliser sans que soit jamais violée la consécutivité, la cause déterminant la conséquence, sans que jamais soit violée la flèche du temps – ce qu’autorise la métrique de Minkowski – ou le second principe de la thermodynamique. Autrement dit, d’un bout à l’autre, alors même que s’y intriquent des consécutivités « locales » et « lointaines », l’univers demeurera localement cohérent à l’observateur, cause et conséquence entrant pour lui toujours dans un rapport de nécessité .
Ainsi si l’on délimite une quelconque portion d’espace-temps contenant au moins une singularité gaussienne, et que l’on dilate, ou contracte infiniment cet espace, je conjecture que l’on obtiendra une distribution de Cauchy. Un tel espace où se conjuguent à la fois paradoxe EPR, recyclage baryonique et transformation des distributions gaussiennes en distributions cauchiennes est d’une puissance métaphysique telle qu’elle remettra en question l’assiette même de nos cultures, pour leur plus grand bien, c’est à dire aujourd’hui pour leur survie.

Quelle est la taille de l’univers ? Pour aborder ce point existent de solides points d’appui (Russel, Gödel, Hofstatder, Planck…): quel étalon peut-on trouver pour mesurer l’univers ? Par définition, aucun étalon ne peut être pris en dehors de l’univers. L’étalon donc partage intrinsèquement les mêmes propriétés que l’objet qu’il mesure. Un tel étalon, miroir de ce qu’il mesure, ne peut donc nous apporter aucune information sur la chose mesurée. Il n’y a pas deux objets : un étalon métreur et un univers métré. De sorte que la question de la taille/durée de l’univers ne peut recevoir qu’une réponse tautologique, c’est à dire évidente et infra-discursive.
L’univers n’a d’extension/durée que rapporté à lui-même. Leur valeur est nécessairement l’unité. Dans un tel espace/durée, la paradoxe EPR cesse d’être un paradoxe. Il devient une évidence, construisant probablement, malgré notre aveuglement, l’essentiel de la durée de nos jours, remplis d’instant à déborder, quand nous n’avons l’œil que sur les lignes de fuite, demain, la mort, le lointain, le cosmos.
Crédit photo: https://fr.futuroprossimo.it/2024/08/le-fibre-nervose-nel-cervello-generano-entanglement-quantistico/
Océan Ωxεανούς 太平洋 !
Une rue de la ville de Qingdao – 青岛城市 – dont le caractère européen résulte du fait qu’elle fut une colonie allemande, d’où également la bière du même nom qui ne s’apprécie à ses pleins effluves et goûts qu’en Chine.
Un ami sinophile m’écrit de Bretagne,
notre Shandong 山东 à nous.
Ou plutôt notre ShanXi
山西
notre Ouest montagneux,
Car Gris Nez lèche Océan
au ponant
西
Océan
Ωxεανούς
l’immense fleuve grec
coulant autour des continents
que la Chine nomme
太平洋
le grand fleuve pacifique !
Mon Breton sinophile cite
习近平
Xi Jinping,
l’actuel président chinois
Xí Jìn píng
qui
« S’exerce 习
à approcher 近
la paix 平 ! »
Marrant, non ?
La Corée écrit ses patronymes en caractères chinois.
Le nom du dictateur de la partie Nord,
Kim Jong-un, s’écrit
金正恩 !
Bienfait ou Bienfaiteur 恩
de la rectitude 正
d’or 金 !
Désopilant.
Ou non ?
Illustration: Une rue de la ville de Qingdao – 青岛城市 – dont le caractère européen résulte du fait qu’elle fut une colonie allemande, d’où également la bière du même nom qui ne s’apprécie à ses pleins effluves et goûts qu’en Chine.
faillite morale de la démocratie
Aristote et Platon, tous deux membres de l’élite athénienne, craignaient par dessus tout les promesses de quelque führer ou leader populiste qui entraînerait une population subjuguée vers l’aventure politique, la jacquerie, l’incendie. Telle fut aussi la crainte des pères de la démocratie américaine. La révolution française, fille des Lumières, fit le pari d’une démocratie populaire. Bien qu’initialement restreinte à une élite éclairée bourgeoise remplaçant la noblesse, la condition sine qua non de son maintien et de son avenir était l’élévation continue des esprits de tous et de chacun, avec comme corollaires nécessaires la liberté d’information et de parole, de réunion, de débat.
Mais le terme élite est vague et polysémique : il peut exister des élites morales, des élites marchandes ou financières, des élites militaires. Or du point de vue des élites morales, celle militaires ou commerciales n’en sont point, voire leur antithèse. Ainsi l’Eglise réclamait la paix dominicale, condamnait les exactions du puissant envers le faible, le prêt d’argent: le temps appartient à Dieu seulement.
Aujourd’hui les élites morales, ont été balayées: l’élite commerciale et financière tient le haut du pavé. Ce qui distingue les élites morales des autres est la richesse et l’ampleur de leur culture et conséquemment la relativité de leur point de vue, leur aptitude à voir derrière l’horizon du quotidien ou de la durée d’une vie, leur aptitude à penser contre elles-mêmes.
Or, elles sont aujourd’hui parfaitement discrédités, tenues pour incompétentes dans la sphère pratique, fumeuses, sans contact avec le réel. Seul l’Islam rigoriste souhaite les réhabiliter ou les maintenir.
A l’inverse le capitaine d’industrie est vu comme une forme de héros, même si sa pratique le rapproche plus d’un Mengele. Quant aux élites politiques, leur mode de désignation – électif pour les « démocraties », cooptatif pour les régimes autoritaires (la réalité pratique loin de ces termes polaires étant un mélange des divers ingrédients) – sélectionne les plus avides de pouvoir, ceux ayant prendre une revanche sur la société ou contre leur propre folie: bref, les plus tarés.
Ainsi l’avidité, principal moteur des élites marchandes ou financières, est une forme de régression bien peu propre, tout au contraire, à éclairer les destinées humaines. Voilà pourquoi, dans les arts, en philosophie, ou leurs ersatz contemporains, le médiocre qui sied aux esprits médiocres a bien plus de chance de succès que le talent. Et ce d’autant plus que ce médiocre bénéficie du formidable tambour de résonance des médias de masse peuplés de journalistes falots, appréciant l’éthique à l’aune de leur myopie.
La perspective démocratique a donc connu un retournement complet, puisque l’objectif des élites marchandes (ou technique, la technique étant par trop le bras armé de l’argent) n’est plus du tout l’éclairement de la population, son élévation, mais bien le profit qu’elles peuvent réaliser sur l’exploitation de son abêtissement, l’encouragement systématique de ses travers, tares de comportement et biais de cognition : économie de l’in-attention, temps de cerveau disponible, manipulation de masse des affects, comportements, représentations : ceci ne peut que mener à la catastrophe.
A écouter sur le sujet, en remerciant SLP pour cette pertinente suggestion: Benda « La trahison des clercs », France Inter, 2022
Mayotte, social-racisme et droit des peuples à l’autodétermination
Message à M. le maire de Mamoudzou, Mayotte
Monsieur le Maire,
Suite au message révoltant de M. Le Bras sur France Inter ce matin, doutant que les Français de Mayotte soient des Français authentiques, niant le droit d’un peuple à l’autodétermination et rejoignant ainsi MM Poutine et Xi Jinping dans la négation des droits des peuples ukrainiens ou taïwanais, j’adresse tout mon soutien à la communauté française de Mayotte et dénonce avec vigueur le racisme déguisé en bien-pensance de M. Le Bras et d’une bonne partie de la « gauche » de trahison.
Bien sincèrement,
Etienne Maillet
PS: dans mon indignation, j’ai oublié de citer Donald (pas l’amie de Minnie) aux côtés de Xi Jinping et de son ami Vladimir pour son désir d’annexer le Groenland voire le Canada. Je prie Donald de m’excuser…car il le vaut bien !
Ouïr et durer
Massage vibratoire
Qu’est-ce qu’un son ? Qu’est-ce qu’entendre ? Quels longs chemins évolutifs nous ont-ils menés jusqu’à ce point où nous jouissons de la musique dans le pur plaisir du massage vibratoire ? De cette émergence, comment rendre compte dans la plus grande exigence méthodologique, c’est à dire en posant a priori le nombre le plus réduit possible plus d’hypothèses et de catégories, en utilisant le moins d’axiomes ? Pour étudier la question de l’ouïe, nous nous interdirons de juger à rebours. Nous devrons tenter, autant que faire se peut, de feindre ignorer ce qu’est un son, ce qu’est la musique, ce qu’est l’entendement qui l’interprète. Plus glabre la tabula rasa d’où s’élance la question, plus dégagé l’horizon de la conjecture.
Nous nous interdirons de poser a priori, préexistant au stimulus, tout entendement, fût-il seulement un moule neutre et passif. Nous nous interdirons le credo qui ferait de l’entendement une instance préfabriquée qui n’attendrait que l’impression, le stimulus, la sensation pour construire le sens, pour percevoir, comprendre. Nous interdirons de poser à priori les catégories même de l’espace et du temps, de l’avant et de l’après, de la cause et de la conséquence.
Nous admettrons toutefois – car il faut bien admettre quelque chose pour connaître quoi que ce soit, ne serait-ce que le cogito même nimbé de brumes comme chez les animaux – que le sens se forme au contact – de quoi, comment le dire ? – et que de ce contact résultent les phénomènes. Au nombre de ces phénomènes, il faut compter tous les objets, toutes les images, toutes les représentations internes comme externes qui informent ces corps. Représentations en effet, car s’il est vrai que l’univers entier est construit sur la soupe quantique virtuelle, si l’observable entier est un brouet vibratoire, il n’y a ni moyen ni lieu de distinguer l’objet et son image, la matière et l’esprit, le sens et son contenant. Sur quelles bases sensibles assurées devrait-on admettre sans douter la partition des phénomènes en deux espèces a priori distinctes, la matière, et l’esprit ?
Or la matière pourrait-être une fiction sans pour autant nier le réel. Pour le matérialisme, la matière possède une réalité propre, externe. Schopenhauer nomme idéalisme matérialiste cette posture métaphysique a priori. Bien qu’elle traverse de part en part toute la science contemporaine, elle est rarement reconnue pour ce qu’elle est : une hypothèse implicite, aveugle et muette comme l’évidence, c’est à dire arbitraire. Hypothèse qui est de l’ordre du credo, de la foi, de la naturalisation phénoménale comme l’histoire en montre des exemples à foison, telles ces dynasties filles du soleil : le pharaon Akhénaton, fils de Rê, ou Louis XIV, le roi soleil, pour ne citer que ceux-là.
Le réel, à l’inverse, désigne la sensation au contact d’un hors-soi à jamais inconnaissable. Il y a un hors-soi, quelque chose plutôt que rien, stable et résistant. Impossible de le nier. Mais ce réel n’est jamais autrement perçu qu’à sa limite, à sa frontière, à son interface avec un percevant doué de la capacité de se relier au monde. Le type de cette interface est simple : je frappe dix, vingt, trente fois contre le mur et à chaque fois je souffre. La seule chose dont je sois raisonnablement sûr est cette douleur, non pas ce mur, sa forme, sa couleur, sa texture, toutes informations que je n’acquiers que via les sens et l’entendement.
Nous montrerons que quelques forces simples seulement, mais constamment rejouées au cours de la complexification du vivant rendent compte sans mystère du passage de la sensation primitive affectant la bactérie au sens, à la culture, à la musique. Si le monde nous apparaît d’une si stupéfiante et complexe simplicité, c’est seulement qu’à l’instar de l’éphémère ailé, il inonde l’esprit l’instant d’un clin d’œil puis plus rien. Ou bien encore à la manière de la télévision, qui montre des spectacles quand il ne s’agit que du déplacement trop rapide pour être saisi – hors du domaine humain – d’un point lumineux, et quand encore ce spectateur n’a pas étudié la mécanique ondulatoire.
Puisque nous nous astreignons à la frugalité logique, nous devrons construire de manière crédible l’espace, la durée, la causalité que nous ne posons pas à priori. Crédible, c’est à dire conforme à l’expérience, aux résultats expérimentaux reproductibles et en accord global avec les théories scientifiques contemporaines venues de divers cadrans de la connaissance : théories de l’esprit (sciences de la connaissance, neurobiologie), logique naturelle et cybernétique (oscillateurs stochastiques), biologie, éthologie, écologie, anthropologie, physique (relativité générale, mécanique quantique), théorie des nombres, théorie des graphes, fractales, topologie, chaos stochastique, flux et attracteurs, hologramme, théories morales et politiques.
Le futur a rebours

Le jugement à rebours que nous nous efforcerons d’éviter, qui plaque sur le passé les conditions du présent, est un piège redoutable d’une occurrence fréquente. Ainsi en anthropologie, l’homme ancien n’est trop souvent dans l’esprit de ceux qui y songent, qu’un homme moderne ayant vécu longtemps avant le penseur contemporain. Il ne lui manquerait pour être actuel que les connaissances accumulées entre temps: il suffirait de remplir un vase dont la forme est donnée une fois pour toute. Remplissage de connaissances tout extérieures d’un esprit qui subjectivement ne différerait en rien du nôtre
Mais est-on si sûr que les contenants de jadis et d’aujourd’hui sont vraiment les mêmes? L’homme ancien partageait-il avec nous les mêmes catégories, fussent-elles aussi fondamentales, triviales ou évidentes que l’espace, le temps, le passé, le futur ? Ou bien ces catégories ont-elles elles-mêmes une histoire, un développement ?
Si l’esprit n’est qu’un contenant à la forme définitive n’attendant en pure neutralité que d’être rempli, si Athéna naît toute cuirassée du crâne de Jupiter, il faudra alors admettre qu’avant la parole la pensée allait son train selon les mêmes modes qu’aujourd’hui. Et puisque les animaux ne sont pas doués de langage, il faudra également admettre qu’en deçà de leur mutisme, leurs pensers ne diffèrent pas des nôtres. Or si dans une certaine mesure on peut l’accepter des primates, il faudra également par récursion considérer que les catégories subjectives de la limace ne diffèrent pas des nôtres.
Or c’est bien le contraire que présentent avec une évidence croissante les disciplines de la connaissance. Le cortex, cette instance supérieure de la cognition où nous logeons concepts et pensée réflexive, a une histoire comme ont une histoire parallèle et intriquée les réflexes, sensations, émotions, gestes, images. Comment dès lors pensait-on avant le langage ? Comment communiquait-on ? Quelles images se formaient-elles dans l’esprit ? Or si le sens s’applique sur le corps, s’il se confond avec lui, il n’y a plus dès lors de monde extérieur autonome et directement accessible. Il n’y a plus d’outre-là qui contiendrait plus de vérité qu’en-deçà. La perspective est effrayante car elle interdit tout naturalisme, toute vérité extérieure et renvoie directement l’homme à sa solitude ontologique. Et c’est là probablement la raison pour laquelle l’homme préfère rester aveugle à l’idée que n’existe en dehors de lui aucune raison certaine.
L’un des lieux encore où se manifeste avec le plus de vigueur l’illusoire l’interprétation à rebours si lourde d’inconséquences philosophiques, scientifiques et pratiques est le big bang. Non pas le fait réel. Non pas les mesures probantes répétées depuis des décennies. Il ne s’agit pas de nier quoi que ce soit des mesures expérimentales. Mais bien de questionner l’interprétation qui en est donnée. La critique interne de la théorie elle-même invalide l’interprétation triviale du big-bang comme origine. La relativité indique en effet que lorsque la densité d’énergie du milieu est extrême – situation qui était celle présidant au big bang à t0+ ε– le temps relatif est extrêmement « ralenti » voire cesse de couler. Or si des durées relatives ne coulent pas ou pratiquement pas, il faut en conclure qu’elles n’ont pas cessé de ne pas couler ou de couler infiniment lentement. C’est proprement ce que dit la théorie : divers temps relatifs coexistent dans l’univers. On ne peut pas ne pas en conclure que ces durées sont coexistantes à notre présent terrestre local et non pas passées comme on l’entend souvent dire. Conséquemment le big bang n’est pas un passé mais bien un actuel. Ou dit autrement, il n’y a pas de durée derrière le mur de Planck.
On ajoute une couche encore d’absurdité interprétative quand prenant le train du temps à l’envers on prétend « voir » l’univers quelques « instants » après le big bang. Or quelques « instants » après le big bang, aucun humain n’existait. Il n’y eut donc jamais de situation dans laquelle un œil vît l’univers en ses balbutiements[1]. Si bien qu’affirmer que l’on aurait saisi quasi photographiquement l’univers en sa gésine – 380 000 ans « après » le big-bang – relève d’une interprétation de mystagogues pataphysiciens aux dessins ultérieurs.
Or la théorie stricto-sensu fait du big-bang l’initiateur de la durée et la condition de possibilité de l’étalon qui la mesure, l’année (qui est rappelons-le une circumambulation terrestre autour du soleil bornée par deux solstices). L’erreur consiste ici à confondre prémisse et dérivée, à expliquer la cause par sa conséquence. Erreur au fond identique à celle par quoi il est souvent affirmé que les lois physiques sont symétriques par retournement du temps : t(L)=-t(L) (où t est le temps, L une loi physique quelconque). Or c’est tout simplement là tomber dans la fiction d’une proposition logique suspendue hors du temps et hors de toute conscience, qui toutes sont vivantes et mortelles[2].
La durée et ne saurait être la cause de ce dont elle est conséquence. Nous tenterons dans cet essai de ne pas succomber à l’erreur consistant à penser le passé depuis les cadres mentaux du présent. Tâche ardue et presque impossible tant le langage, naturelle, symbolique, mathématique – et l’entendement sont eux-mêmes inextricablement et d’emblée engagés dans la temporalité.
[1] Voir notre texte « Un poil après le futur »
[2] On pourra se référer ici aux considérations d’Alain Connes sur les espaces non commutatifs
Presque rien, moins que tout
Ces bases posées, nous allons au moyen d’une expérience de pensée tenter d’analyser ce qu’est un son et ce mystère par quoi la musique nous enchante.
Imaginons le plus infime des animaux de la plus extrême simplicité : cellule unique, pas même nécessairement eucaryote, peut-être même dépourvue d’enveloppe. De tels organites peuvent aujourd’hui s’observer dans d’infimes diverticules argileux ou des minuscules vacuoles liquides telles qu’en recèlent les glaces polaires ou d’autres micro-milieux. Les connaissances actuelles tendent à y reconnaître de possibles sources de la biosphère.

Image: Protist Paramecium aurelia with contractile vacuoles (source: Wikipedia). La structure ici présentée est déjà extrêmement complexe en comparaison de l’organite imaginaire utilisée dans notre démonstration. Toutefois, au sein de cette structure, les vacuoles contractiles (traits noirs), réagissant à l’équilibre osmotique, ont un comportement proche de cet organite imaginaire.
Simplissime, notre organite peut-être archaïque tout aussi bien que parfaitement contemporain. Nous allons suivre en pensée ses avatars ontologiques. Cet organite n’a au départ pas de compétences. Il est au surplus dénué de tout organe des sens, de tout sens de l’espace et de la durée. Rien ne lui indique qu’il est. Pour cet animalcule, dont la masse est si faible, le milieu cyclique qui le baigne est relativement extrêmement énergétique et puissant. Une simple onde acoustique en modifie la pression interne. Outre cela, il subit un intense pilonnage photonique ; les rayons cosmiques le bombardent ; le flux et le reflux des marées gravitationnelles en barattent les entrailles, tandis qu’alternent obscurité et lumière, canicules et frimas, que changent incessamment salinité, hygrométrie…
Ces influences externes constituent, eu égard à la ténuité de notre ciron, de formidables facteurs perturbateurs. Elles sont, toutes proportions gardées, comparables à l’action de ces grosses planètes capables de malaxer les entrailles de leurs satellites au point d’en fondre les minéraux en magmas éruptifs. Tel est le rapport gigantesque entre l’organite et l’univers. Telles furent, ou plutôt telles sont, les prémisses de la vie. Telles sont et non telles furent, car, on le verra, le passé est nécessairement postérieur au présent.
Donné le gigantisme des rapports entre sujet – notre organite – et objet extérieur (tout le reste), les rapports entre fréquence propres du ciron et fréquences externes incidentes sont des « percepts » presque immédiats. L’extérieur malaxe directement le corps de l’animal. La sensation de « l’extérieur » est ainsi presque directement intuitionnée.
Or le jeu de ces influences – cosmique, stellaire, gravitationnelle, climatique, thermique…- triturant intimement la substance de l’organite, ne peut manquer de déterminer cycliquement des états remarquables selon que les influences incidentes sont en opposition ou bien en conjonction de phase avec la fréquence propre du ciron, amplifiant ou au contraire amortissant tel ou tel phénomène ou réaction métabolique, déterminant polarisations, conjonctions de phases, unissons, points d’orgue, bonaces.
D’emblée se singularisent certains régimes vibratoires : ainsi l’unisson quand intérieur et extérieur résonnent selon une proportion entière, 1,2,3… L’animalcule ainsi probablement déjà « connaît » comme sensation l’octave, le double, dont le type est un rapport de sympathie entre fréquence propre et fréquence du tout environnant quand le corps de l’animalcule vibre en harmonie avec le milieu qui le baigne.
Ainsi quelque sens du rythme et du nombre – la même chose au fond – apparaît ainsi dès la bactérie. Deux sons résonnant à l’unisson, ou bien selon des périodes doubles (à l’octave), manifestent à l’oreille humaine le nombre entier ou réel. La notion intuitive du double – 2 – de la moitié – ½ – est là tout entière en gésine. Voici naissant les nombres entiers, écho des rapports triples, quintuples, septuples… entre fréquence propre de l’organite et fréquence incidente.
Nul besoin donc de présupposer le nombre comme être ou existant, comme idée platonicienne : il est d’abord rapport sensible, intuitionné de deux grandeurs, chacune en elle-même incommensurable.
L’ouïe, fondamentalement, est une « capacité de calcul ». Elle compare un champ vibratoire interne, présent déjà aux niveaux les plus fins et le champ externe, qui s’étend du très proche jusqu’aux confins de l’univers. Toutefois, il ne peut se concevoir qu’aucun hiatus ne sépare l’organite de l’univers. Les rapports entre l’organite et son environnement sont « presque » immédiats, « presque » directs, et d’autant plus que les fréquences propres relatives de l’animalcule et du milieu englobant approchent de l’unisson. Presque : car sans ce « presque », fût-il epsilonesque, l’englobé se confondrait avec l’englobant et ne pourrait constituer un objet. Ce n’est que parce qu’entre l’univers et le percevant se maintient une tension, une différence, un soupçon d’altérité au moins, que le percevant justement se distingue du reste de l’univers. A défaut d’une singularité, il n’y ni percept, ni percevant.
Réduite à l’os, cette différence entre fréquence propre de l’organite et fréquence propre de l’englobant se confond probablement – j’en fais la conjecture – avec la constante de Planck[1], à la fois quantum d’énergie, quantum d’information et durée source.
Ainsi pour l’animalcule déjà une distance se sent, reflet de ses cyclicités propres face aux cyclicités globales ou au contraire fines des « objets » qui l’environnent. Chacune de ces cyclicités est intrinsèquement incommensurable, propre à chaque objet et en marquant l’existence singulière, cet objet fût-il l’univers lui-même. Mais bien qu’intrinsèquement incommensurable chacune en elle-même, leur croisement détermine une durée et un lieu réels, manifestes, et donc la possibilité d’une métrique locale. Cette distance/durée est assimilable à un gradient d’énergie, toujours orienté dans le même sens, de l’extérieur, d’où provient l’énergie, vers l’intérieur, qui la consomme. On nomme généralement ce gradient flèche du temps. A tort, pour la raison que le mot « temps » ne recouvre aucune réalité de l’univers. Seuls s’y distinguent l’instant et la différence élémentaire entre le soi et l’hors-soi.
[1] Quelle est la signification des constantes cosmologiques ? Sont-elles des sortes de « nombres architectes », nombres architectes au nombre nécessairement d’une poignée seulement, et dont les produits architectoniques se verraient au sein des nombres sous forme de nombres « univers », « imaginaires », « premiers », etc. Notons en passant que la dimension de Planck n’adopte ses valeurs bizarres et pas très élégantes – 1,616 × 10-35 mètre, 2,177 × 10−8 kg, 5,391 × 10−44 s ,1,875 × 10−18 C, etc – que parce qu’aperçue, ex-post, depuis ses conséquences, et non depuis son in-ception, nécessairement hors d’atteinte de l’entendement, puisque condition de possibilité de l’aperception. On pourrait bien comme à C, lui accorder la valeur unitaire 1.
Morula

Notre cellule flotte dans l’océan. Au-dessus d’elle tournoie la voûte céleste, s’entrechoquent les galaxies, explosent les supernovae. Des branes cinglent l’univers de part en part en quelques battements, tandis qu’à des niveaux plus fins l’agitation brownienne triture infatigable la soupe de particules bouillonnant et grumèlant depuis le « vide » quantique, instable et gorgé d’énergie. Voilà ce qu’est, pour notre morula, l’univers. Voilà ce qu’il est pour nous aussi, même si de sa réalité profonde nous n’entrevoyons que ce qui est d’emblée utile à notre pérennité phénoménale.
Notre morula ne peut être transparente. Elle est au moins diaphane. Car nécessairement, à quelque niveau, elle transforme la portion d’univers qui l’accueille. Un corps imaginaire, totalement transparent à tous les rayonnements, se laisserait traverser sans altérer le champ incident. Un corps battant à l’unisson de tous les champs vibratoires, n’interagissant aucunement avec son environnement, ne pourrait du fait même de sa parfaite consonance avec ce qui n’est pas lui, développer une quelconque instance de relation avec un extérieur envers lequel il n’entretient aucune différence de potentiel, aucune arythmie, aucune syncope, aucun glissement, aucune solution de continuité. De fait aucune existence, aucune perception ne sont envisageables sans une différence d’avec le milieu, même la plus infime.
Plongé dans un champ vibrant, un corps réagit en adoptant un mode vibratoire particulier, synthèse dynamique du champ incident et des caractéristiques singulières de l’objet. En retour il modifie le champ incident à la manière dont, dans les jardins Zen les ondes de gravier heurtent et contournent les rochers en en soulignant les contours, ou bien encore à la façon dont la pluie solaire aux abords de la terre toronne au sein de la ceinture de Van Allen.
Le décalage entre mode vibratoire propre de l’organite – sa fréquence propre de résonnance – et la mer vibratoire qui l’englobe, fournit la condition de possibilité du développement d’un organe du sens. Cet écart, aussi ténu soit-il, constitue la racine du sens, la condition de possibilité de la construction d’un soi et d’un hors-soi primitifs. La discontinuité du milieu manifeste et délimite la singularité, discontinuité qui est la condition de possibilité de l’émergence d’un organe de relation au monde, d’un organe des sens.
Parler de vibration, c’est interdire l’arrêt. Il n’y a pas de vibration statique, même si localement deux ondes en opposition de phase créent une immobilité virtuelle. Entre l’organite et son environnement circule sans cesse une théorie d’états miroir, par lesquels l’organite ajuste son mode vibratoire aux influences incidentes dans des figures dont le camaïeu complexe – les Moires des vieux Grecs – reflète la structure et les relations entre en-soi et hors-soi. De sorte qu’organite et environnement, en soi et hors soi, intègrent tous deux à chaque instant tous les états de l’univers[1]. Ainsi peut-on dire de la même manière, avec certes quelque approximation, que le mouvement d’une molécule de l’océan reflète et intègre l’ensemble des mouvements de la masse océanique.
Outre un corps, notre organite comporte une limite, une frontière, en deçà de quoi finit l’en-soi, au-delà de quoi commence l’hors-soi. Il n’est pas même nécessaire que cette limite soit matérialisée par une membrane, une enveloppe. Elle peut n’être qu’une solution de continuité en deçà et au-delà de quoi diffèrent nature physique (densité, d’élasticité, comportement dynamique, etc.) ou chimique (salinité, acidité…)
Cette enveloppe, remarquons-le est bidimensionnelle, quand le vitellus est tridimensionnel. Ainsi le régime vibratoire de la limite diffère-t-il nécessairement de celui de la masse de l’organite. Aux modes vibratoires tridimensionnels rétroagis de l’en-soi et de l’hors-soi se superpose le mode vibratoire bidimensionnel de l’enveloppe. De sorte que le sens du « dedans » et du « dehors » émerge du comportement original de la limite. L’embryologie le confirme, qui observe une origine commune au système nerveux (encéphale, moelle épinière, plexus, nerfs) et à la peau, conçue comme un prolongement périphérique du cerveau. Cette peau-limite recèle en puissance les éléments d’une théorie[2] de l’espace, sens dont, par hypothèse, notre organite n’était pas au départ doué.
Vibrer emporte encore une conséquence importante. Vibrer interdit le repos. Le corps de notre organite, incessamment soumis à une myriade d’influences périodiques, n’est jamais quiet.
Ainsi dans le cas d’une onde acoustique, alternance de pression et de relâchement, le corps de notre animalcule se voit alternativement comprimé puis étiré. En sorte que l’état énergétique de notre organite n’est jamais « consécutivement » semblable. Pour le ciron, cela n’est pas sans conséquence : il lui faut réguler continuellement à la fois l’accroissement d’énergie potentielle et sa dissipation. Or il n’est pas interdit de supposer que certains états sont pour notre animalcule plus « confortables » tandis que d’autres le sont moins : plus « confortables » quand le métabolisme de notre organite se trouve amélioré, « inconfortable » quand il se trouve à l’inverse dégradé.
[1] L’étoffe de l’espace-temps est bien cela : une collection infinie de centres où se jouent des espace-temps singuliers, barycentres de l’ensemble des influences externes et de la source interne. L’agrégat synthétique de tous ces barycentres donnent l’illusion d’un espace-temps externe universel, qui n’a pas en soi de réalité.
[2] « Théorie de l’espace » au sens où l’on dit « théorie de l’esprit », dans les deux cas avec abus, puisqu’il ne s’agit pas de théorie à proprement parler – procession logique de concepts rationnels et conscients plus ou moins conformes à l’expérience – mais de théorie implicite et inconsciente par quoi se forment les perceptions, concepts, affects et jugements
Translucence
Notre cellule flotte dans l’océan. Au-dessus d’elle tournoie la voûte céleste, s’entrechoquent les galaxies, explosent les supernovae. Des branes cinglent l’univers de part en part en quelques battements, tandis qu’à des niveaux plus fins l’agitation brownienne triture infatigable la soupe de particules bouillonnant et grumèlant depuis le « vide » quantique, instable et gorgé d’énergie. Voilà ce qu’est, pour notre morula, l’univers. Voilà ce qu’il est pour nous aussi, même si de sa réalité profonde nous n’entrevoyons que ce qui est d’emblée utile à notre pérennité phénoménale.
Notre morula ne peut être transparente. Elle est au moins diaphane. Car nécessairement, à quelque niveau, elle transforme la portion d’univers qui l’accueille. Un corps imaginaire, totalement transparent à tous les rayonnements, se laisserait traverser sans altérer le champ incident. Un corps battant à l’unisson de tous les champs vibratoires, n’interagissant aucunement avec son environnement, ne pourrait du fait même de sa parfaite consonance avec ce qui n’est pas lui, développer une quelconque instance de relation avec un extérieur envers lequel il n’entretient aucune différence de potentiel, aucune arythmie, aucune syncope, aucun glissement, aucune solution de continuité. De fait aucune existence, aucune perception ne sont envisageables sans une différence d’avec le milieu, même la plus infime.
Plongé dans un champ vibrant, un corps réagit en adoptant un mode vibratoire particulier, synthèse dynamique du champ incident et des caractéristiques singulières de l’objet. En retour il modifie le champ incident à la manière dont, dans les jardins Zen les ondes de gravier heurtent et contournent les rochers en en soulignant les contours, ou bien encore à la façon dont la pluie solaire aux abords de la terre toronne au sein de la ceinture de Van Allen.
Le décalage entre mode vibratoire propre de l’organite – sa fréquence propre de résonnance – et la mer vibratoire qui l’englobe, fournit la condition de possibilité du développement d’un organe du sens. Cet écart, aussi ténu soit-il, constitue la racine du sens, la condition de possibilité de la construction d’un soi et d’un hors-soi primitifs. La discontinuité du milieu manifeste et délimite la singularité, discontinuité qui est la condition de possibilité de l’émergence d’un organe de relation au monde, d’un organe des sens.
Parler de vibration, c’est interdire l’arrêt. Il n’y a pas de vibration statique, même si localement deux ondes en opposition de phase créent une immobilité virtuelle. Entre l’organite et son environnement circule sans cesse une théorie d’états miroir, par lesquels l’organite ajuste son mode vibratoire aux influences incidentes dans des figures dont le camaïeu complexe – les Moires des vieux Grecs – reflète la structure et les relations entre en-soi et hors-soi. De sorte qu’organite et environnement, en soi et hors soi, intègrent tous deux à chaque instant tous les états de l’univers[1]. Ainsi peut-on dire de la même manière, avec certes quelque approximation, que le mouvement d’une molécule de l’océan reflète et intègre l’ensemble des mouvements de la masse océanique.
Outre un corps, notre organite comporte une limite, une frontière, en deçà de quoi finit l’en-soi, au-delà de quoi commence l’hors-soi. Il n’est pas même nécessaire que cette limite soit matérialisée par une membrane, une enveloppe. Elle peut n’être qu’une solution de continuité en deçà et au-delà de quoi diffèrent nature physique (densité, d’élasticité, comportement dynamique, etc.) ou chimique (salinité, acidité…)
Cette enveloppe, remarquons-le est bidimensionnelle, quand le vitellus est tridimensionnel. Ainsi le régime vibratoire de la limite diffère-t-il nécessairement de celui de la masse de l’organite. Aux modes vibratoires tridimensionnels rétroagis de l’en-soi et de l’hors-soi se superpose le mode vibratoire bidimensionnel de l’enveloppe. De sorte que le sens du « dedans » et du « dehors » émerge du comportement original de la limite. L’embryologie le confirme, qui observe une origine commune au système nerveux (encéphale, moelle épinière, plexus, nerfs) et à la peau, conçue comme un prolongement périphérique du cerveau. Cette peau-limite recèle en puissance les éléments d’une théorie[2] de l’espace, sens dont, par hypothèse, notre organite n’était pas au départ doué.
Vibrer emporte encore une conséquence importante. Vibrer interdit le repos. Le corps de notre organite, incessamment soumis à une myriade d’influences périodiques, n’est jamais quiet.
Ainsi dans le cas d’une onde acoustique, alternance de pression et de relâchement, le corps de notre animalcule se voit alternativement comprimé puis étiré. En sorte que l’état énergétique de notre organite n’est jamais « consécutivement » semblable. Pour le ciron, cela n’est pas sans conséquence : il lui faut réguler continuellement à la fois l’accroissement d’énergie potentielle et sa dissipation. Or il n’est pas interdit de supposer que certains états sont pour notre animalcule plus « confortables » tandis que d’autres le sont moins : plus « confortables » quand le métabolisme de notre organite se trouve amélioré, « inconfortable » quand il se trouve à l’inverse dégradé.
[1] L’étoffe de l’espace-temps est bien cela : une collection infinie de centres où se jouent des espace-temps singuliers, barycentres de l’ensemble des influences externes et de la source interne. L’agrégat synthétique de tous ces barycentres donnent l’illusion d’un espace-temps externe universel, qui n’a pas en soi de réalité.
[2] « Théorie de l’espace » au sens où l’on dit « théorie de l’esprit », dans les deux cas avec abus, puisqu’il ne s’agit pas de théorie à proprement parler – procession logique de concepts rationnels et conscients plus ou moins conformes à l’expérience – mais de théorie implicite et inconsciente par quoi se forment les perceptions, concepts, affects et jugements
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Le Vendée Globe Challenge
se court actuellement.
Grâce à des caméras embarquées,
des satellites
constellant l’azur
de leurs chiures,
grâce à des émetteurs,
pleins de coltan
qui assassinent les gorilles
des barres de plutonium
des millions d’heures de travail
harassant
des puces Nvidia
des Amazones d’eau pure
abreuvant des centre de données
gobant des gabegies d’énergie
nous voyons à l’étrave des bateaux profilés
filer l’onde en remous tendus.
Véolia,
Veolia Environnement
fait partie de la course !
Ils triment les beaux navigateurs !
Ils suent.
Ils feront demain la pub pour des
déodorants.
Naguère, Bernard Moitessier refusait la course.
Le monde avait un sens.
mercure
L’air surchauffé vibre sur la plaine sans bords entre Sahel et Sahara.
fondue à blanc l’atmosphère chatoie de langues
mouvantes d’argent vif où s’accolent, s’embrassent,
se délient des flaques de carbone en mouvants miroitements
dessus, flottant entre ciel et horizon
paît une gazelle gracieuse qui hasarde
dans l’eau du mirage un sabot délicat.
Sur le chaudron de photon, sur le magma de lumière dense
pèse un azur solide, sec, pur, dur, plane un bourdon minéral
à peine troublé par les notes indécises d’un luth lointain qu’égrène un plectre.
Là, au milieu de nul part, à l’ombre chiche d’une zériba
posée sur l’arène un douanier s’est assoupi transistor à l’oreille.
Cette cabane de palme, c’est le poste frontière entre Niger et Mali.
Au mitan de ce néant, les vibrations hésitent
entre réel et illusion,
entre ébranlements hertziens d’un lointain muezzin
et la corde de peau et le corps de bois
du djembé et de la derbouka,
de la cora, du luth.
Au centre de ce rien, à la frontière de deux paumes nues
s’affrontent deux devenirs
Dans les madrassas, les corps balancent rythmiquement
les dos ploient aux cinq prières du jour
on rêve d’une vie codifiée sous le regard de Dieu
tandis que les antennes des villes hérissées
d’envies frustrées beuglent leurs publicités
.
Pour ces terres sans confins
l’Islam rêve d’un autre pacte entre l’homme et le divin
entre l’homme et la femme,
entre tumulte du désir et sagesse équanime,
entre l’homme et un Dieu qui
le garderait à distance encore
dans l’attente d’une incarnation
non encore advenue et qui le rend modeste.
A la scansion, à la ritournelle, à la coutume,
les fils des Grecs préfèrent le changement,
le progrès, le temps des engrenages,
le temps cumulé à intérêt, la flèche orientée.
Choc des civilisations heurt des durées
Il n’y a pas dans le clip -parenthèses du temps –
ou les échantillons du rock
dans le halètement des machines
l’espace suffisant pour la lente catalyse
du répons birman, l’égrènement du nan-guan, les ciselures du luth
boustrophédon
La brise marine apporte par bouffées des bribes d’opéra. A un jet d’œil une rizière inondée [1], qu’un buffle au pas grave laboure: son encornure lourde balance lente au rythme de l’effort.
Sur une margelle un transistor est posé. L’araire progresse dans la boue, tirée par le sabot.
A l’ombre d’un cône de paille, les mains sur les conduites de bois, le paysan arpente le boustrophédon du sillon qu’il trace, qui l’éloigne, le rapproche, l’éloigne, le rapproche de la sempiternelle mélopée. Parfois l’haleine saline apporte les vocalises presque humaines qu’égrène un lointain violon à deux cordes. Depuis combien de siècles le paysan pousse-t-il son buffle ? Comme son sillon boustrophédon, l’opéra cantonais revient sans fin sur des thèmes inlassables.
Une fois l’an, sur la place du village[2], une troupe itinérante bâtit son théâtre provisoire, et sous les cintres de bambou prolonge la tradition. Les maisons du bourg s’adossent à la pente, le dos léché par la jungle où errent les pythons, réservoir sans fin d’envahissants cafards, d’iules vermillons et de termites ailés. Dans les vides sanitaires, des cobras chassent les rats.
Devant, le village ouvre vers la mer sur une large aire commune, plane et rectangulaire. De là, la vue embrasse sous un angle très ouvert une pente déclinant mollement vers l’estuaire incandescent sous la pluie de lumière de la Rivière des perles. Dans la brume tropicale presque dense les potagers sont piqués de peluches géantes en guise d’épouvantail : Mickey ici, là-bas, la Panthère rose ! Les rizières miroitantes, l’ocre clair de l’arène piquée de friches rases, les boqueteaux de bananiers aux palmes paresseuses, les plumeaux légers des touffes de bambou où erre le serpent vert que ne craignent pas les chats mais qui les font baver ! s’étalent dans la lumière paresseuse.
Sur l’aire bétonnée, deux panneaux de basket pour les adolescents. Quatre ou cinq échoppes minuscules vendent de la bière et le dépannage du quotidien : huile, nouilles rapides, cigarettes, woks, clous, épingles à linge. Une glacière, quelques tables pour boire la Tsingtao, des parasols, des blocs équarris de tuf volcanique en guise de banc : l’île est une bulle de magma sur laquelle ont vomi des volcans plus récents.
La troupe construit sa scène, haute et couverte, vaste comme une maison. On cloue sur l’armature de bambou des plaques de tôle. Elles brillent sous le soleil dur. Du clinquant, des bannières, des oriflammes, des fanions jaunes flottent, aux caractères noirs, rouges, dorés ou violets balancés par la brise. Tard dans la nuit chaude des projecteurs l’éclairent. Sur le désordre de chaises massé devant la scène, on s’assoit. Les grands-mères apportent leurs travaux d’aiguille ou ramendent une vannerie. On assiste, on écoute, on papote.
Lassé, ou rappelé à la nécessité, on retourne vaquer aux besognes du jour, de la marmaille qui crie pitance, pour revenir le soir au bercement de la psalmodie, tantôt grave, tantôt le cœur battant des joies et des courroux mimés, sursautant soudain aux trilles suraiguës du faux castrat, tandis que se déchaînent le tintamarre aigre des cymbales, que le violon se plaint, que la peau du gong battu fait vibrer l’estomac, que les longues plumes de paon des tiares rejetées d’un coup de nuque fouettent l’espace, qui miment le geste d’un vieil empereur dont les colères, caprices, intuitions animales construisirent le monde, dont on ne sait plus si elles furent géniales ou seulement triviales.
Des jours durant, la représentation se joue, de la fraîcheur relative du matin à la tiédeur revenue longtemps après le crépuscule précoce. Assis de part et d’autres de la scène, en costume ou encore au civil, les acteurs se restaurent. On entame les dômes blancs du riz tassé dans de petits bols de laque rouge, tandis que l’opéra continue, indifférent au friselis des baguettes.
C’est la vie même qui dure et passe, la vie datée et périssable, comme celles plus essentielles, les dits d’annales ou de romans des concubines, des amants, des ducs, pleines de vengeances, de trahisons, d’amours secrètes, de courroux léonins, de guerres, de ruses et de diplomatie. On écoute ou l’on bavarde, on s’assoupit ou bien l’on apprécie, on reste ou l’on s’en va quelques heures pour revenir ensuite finir le jour l’oreille bercée de ces histoires antiques, vieilles comme la culture que tout le monde connaît.
Et l’on n’a rien manqué, car elles ne changent jamais et leurs épisodes s’emboîtent comme les nuits suivent les jours, comme les équinoxes s’enchaînent aux solstices. Sur le fond de l’histoire, le buffle tire l’araire, le paysan la pousse, le sillon se replie. L’opéra disparaît : c’est l’une des dernières troupes foraines de Chine.